Viol en Tunisie: Le gouvernement est moralement «responsable»

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Viol en TunisieLe gouvernement est moralement «responsable»

Alors qu'une femme violée par des policiers se retrouve sur le banc des accusés, l'avocat de la victime estime que le gouvernement à majorité islamique n'est pas innocent.

Des policiers ont violé une femme, en Tunisie. Elle se retrouve accusée.

Des policiers ont violé une femme, en Tunisie. Elle se retrouve accusée.

Le Gouvernement tunisien dominé par les islamistes d'Ennahda est responsable «moralement et politiquement» des agressions policières contre les femmes, a dénoncé jeudi l'avocate d'une jeune femme violée par des policiers et poursuivie pour atteinte à la pudeur.

«Il a une responsabilité politique et morale», a déclaré à l'AFP Me Belhaj Bouchra.

Les violences policières «ne sont pas organisées, mais le discours du parti (Ennahda) vis-à-vis des femmes a préparé le terrain», a-t-elle ajouté.

«Depuis le 23 octobre 2011 (et l'arrivée au pouvoir des islamistes), il y a plein d'affaires de harcèlement sexuel, moral et financier de la part des flics. Lorsqu'ils voient une femme moderne, une femme tunisienne, ils estiment être en droit de demander des comptes, et des femmes victimes sont ensuite condamnées», dit-elle.

Position immorale

Sa cliente, violée par des policiers début septembre, est poursuivie pour atteinte à la pudeur avec son fiancé, le couple ayant été surpris dans une «position immorale» juste avant le viol, selon le Ministère de l'intérieur.

Trois policiers - deux violeurs présumés et un autre qui retenait le fiancé de la jeune fille - ont été incarcérés.

La victime et les agents ont été confrontés mercredi devant le juge, précise l'avocate. «Cela s'est bien passé», a ajouté Me Bouchra, ajoutant cependant ne pas pouvoir en dire plus en raison du secret de l'instruction.

Le 2 octobre, le couple se rendra de nouveau devant le juge d'instruction. qui «va les interroger, et il serait bien qu'il classe l'affaire sans suite», a indiqué l'avocate, dont les clients risquent six mois de prison.

«Je pensais être la victime»

La victime, qui ne souhaite pas révéler son identité, a par ailleurs raconté le viol au journal tunisien «Al Chourouk» et comment les policiers ont aussi cherché à extorquer de l'argent à son fiancé.

«Je n'aurais jamais cru que j'allais être appelée au tribunal en tant qu'accusée. Je pensais être la victime, pas l'accusée», a-t-elle dit.

«Je ne vais pas renoncer (à ma plainte) après avoir été humiliée de cette façon», a encore dit la jeune femme.

Elle dément par ailleurs avoir été dans une position compromettante avec son ami dans leur voiture lorsque les policiers sont arrivés: «Ce n'est pas vrai, quand ils sont venus, j'étais habillée.»

Depuis l'arrivée au pouvoir d'Ennahda après la révolution de 2011, des ONG dénoncent le comportement de la police à l'égard des femmes, qui seraient régulièrement harcelées pour leur tenue vestimentaire ou lors de sorties nocturnes. Le ministère de l'Intérieur assure qu'il ne s'agit que de cas isolés.

«Complémentarité» des sexes

Les femmes tunisiennes bénéficient du statut le plus moderne du monde arabe depuis la promulgation du Code de statut personnel (CSP) en 1956 instaurant l'égalité des sexes dans plusieurs domaines, mais elles restent discriminées dans certains autres comme les héritages.

Les islamistes d'Ennahda avaient déclenché un large mouvement de contestation en août en proposant d'inscrire dans la nouvelle Constitution la «complémentarité» des sexes et non l'égalité. Ce projet de texte a été abandonné lundi. (afp)

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