Rémunérations des patrons: Le gouvernement français veut agir
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Rémunérations des patronsLe gouvernement français veut agir

Après avoir maintenu le flou sur l'encadrement des rémunérations des patrons d'entreprises, sur fond de multiplication d'affaires choquantes pour l'opinion en cette période de crise, Nicolas Sarkozy et le gouvernement ont décidé mercredi de se donner «au plus vite» les moyens d'interdire aux dirigeants des entreprises aidées par des fonds publics de bénéficier de toute rémunération variable.

Lors d'une réunion à l'Elysée rassemblant autour du chef de l'Etat le Premier ministre François Fillon, les ministres concernés (Christine Lagarde, Eric Woerth et Brice Hortefeux) et les dirigeants de la majorité au Parlement, il a été décidé de «se donner au plus vite les moyens pour imposer aux entreprises aidées de ne pas faire profiter les mandataires sociaux ou les dirigeants des entreprises aidées de rémunérations variable», a rapporté un participant, sous le couvert de l'anonymat.

Le gouvernement, a-t-il précisé, souhaite se passer d'une loi et intervenir par décret. Matignon, a-t-il dit, doit vérifier que c'est possible. Dans le cas contraire, un amendement serait soumis aux sénateurs mardi prochain dans le cadre de l'examen de la loi de finances rectificative.

Devant les députés de la majorité reçus mercredi à l'Elysée, le chef de l'Etat avait réaffirmé qu'il interviendrait si le MEDEF ne lui faisait pas de proposition satisfaisante d'ici au 31 mars, selon les participants.

La présidente du MEDEF Laurence Parisot a répondu par avance qu'elle n'avait «ni le pouvoir ni le désir» d'imposer des règles à toutes les entreprises en matière de rémunérations, mais qu'elle ne «s'oppose pas» à une loi.

A chaque jour son scandale en matière de rémunération des patrons dans les secteurs aidés par l'Etat. Après les stock-options des dirigeants de la Société générale, le parachute doré de l'ex-PDG de Valeo Thierry Morin, «Libération» a révélé mercredi que les cadres de Cheuvreux, une filiale de courtage du Crédit agricole, vont recevoir 51 millions d'euros de bonus, alors que la banque va supprimer des emplois et a touché une aide de trois milliards d'euros du gouvernement.

Mais alors que de nombreuses voix se sont élevées le week-end dernier dans la majorité pour réclamer une loi, à commencer par celle du secrétaire général de l'UMP Xavier Bertrand, Nicolas Sarkozy s'était d'abord contenté de brandir les menaces.

Mardi soir dans son discours de Saint-Quentin (Aisne), le chef de l'Etat a indiqué que le Parlement serait saisi à l'automne si «aucun progrès significatif» n'était enregistré d'ici juin. Selon lui, «il ne doit plus y avoir de parachutes dorés, de bonus, de distribution d'actions gratuites ou de stock-options dans une entreprise qui reçoit une aide de l'Etat, met en oeuvre un plan social d'ampleur ou recourt massivement au chômage partiel».

Il est revenu sur le sujet mercredi devant les députés UMP, mettant la pression sur le patronat. «Si le MEDEF ne fait pas de proposition, on ira par la loi», a-t-il réaffirmé, selon les participants. Mais il a aussi ajouté dans une phrase sibylline à destination de Laurence Parisot: «on ne force pas un âne à boire s'il n'a pas soif».

Le gouvernement a donné jusqu'au 31 mars à Mme Parisot pour faire des propositions. Il s'agit d'un «ultimatum», selon le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy Henri Guaino. Un nouveau rendez-vous est prévu en juin, au moment où le directeur général de l'INSEE Jean-Philippe Cotis remettra ses propositions sur le partage de la valeur ajoutée.

La présidente du MEDEF, qui devait répondre ce mercredi dans un courrier adressé à Christine Lagarde (Economie) et Brice Hortefeux (Travail), s'en tient au code de bonne conduite adopté en octobre dernier, déjà sous la pression de l'Elysée, par le MEDEF et l'AFEP (Association française des entreprises privées). «On n'a pas d'ordre à donner aux chefs d'entreprise, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas des recommandations à formuler. C'est l'objet de la charte», explique-t-on dans l'entourage de Mme Parisot.

L'opposition s'est engouffrée dans la brèche. Lors des questions au gouvernement, Jean-Marc Ayrault (PS) a fustigé le «cynisme, l'hypocrisie, l'indécence des bonus, des stock-options et autres parachutes dorés devenus pour les Français insupportables». Les socialistes défendront une proposition de loi le 30 avril pour mettre fin à ces «rémunérations pharaoniques». (ap)

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