06.04.2020 à 18:21

Suisse

Le gouvernement jurassien renonce à la géothermie

Malgré une analyse concluante de gestion des risques validé par les autorités pour le projet de Haute-Sorne, l'exécutif fait marche arrière sur ce projet-clé pour la Stratégie énergétique 2050.

David Eray.

David Eray.

Keystone

Le Gouvernement jurassien ne veut plus du projet controversé de géothermie profonde à Haute-Sorne, près de Delémont. Il estime que ce projet porté par Géo-Energie Suisse suscite trop de réactions d'hostilité tant de la population que du monde politique. Le Service sismologique suisse n'exigeait pourtant pas son abandon.

«Le Gouvernement n'est plus convaincu par ce projet et ne le défend plus comme cela était le cas au début», a déclaré ce lundi le ministre de l'Environnement David Eray. «C'est une décision complexe hautement juridique», a ajouté le ministre en estimant que ce revirement ne sera pas facilement accepté par le promoteur.

L'exécutif a donc annoncé vouloir retirer l'autorisation délivrée à ce projet. Il va ouvrir une procédure pouvant mener à la révocation de l'arrêté à la base du plan spécial «Projet-pilote de géothermie profonde». Géo-Energie Suisse devra prendre position sur cette décision. L'affaire pourrait se poursuivre devant la justice.

«Un plan spécial ne peut pas exister sans une volonté politique», a souligné David Eray. Pour le Gouvernement, l'opposition d'une partie de la population et du monde politique ne permet plus de soutenir ce projet. D'autres événements, en particulier un séisme en Corée du Sud lié à un forage de géothermie profonde, l'ont aussi conforté dans sa décision.

Pas d'opposition du service de sismologie

A la suite de ce tremblement de terre de 2017, le Gouvernement jurassien avait gelé la suite des démarches et demandé au Service sismologique suisse (SED) une analyse. Ce rapport dévoilé ce lundi relève que le concept d'évaluation et de gestion des risques validé par les autorités pour le projet de Haute-Sorne s'avère pourtant solide.

Des propositions d'amélioration de ce dispositif y sont toutefois formulées. Les autorités sont conscientes que l'événement survenu en Corée du Sud ne peut pas être considéré comme un seul motif d'arrêt de ce projet, mais constatent que ces compléments proposés sont de nature à inquiéter au niveau cantonal et local.

Ce rapport, réclamé par les opposants au projet, a été transmis en octobre au Gouvernement jurassien. En mars, l'exécutif cantonal avait annoncé qu'il reportait la présentation du rapport et de sa décision en raison du Covid-19. «Une fuite dans la presse nous a poussés à communiquer aujourd'hui», a admis David Eray.

Conséquences financières

La procédure de révocation de l'arrêté risque d'être compliquée et longue, n'a pas caché le Gouvernement qui estime que l'on ne saurait exclure qu'il puisse en résulter des conséquences financières à la charge de l'Etat au titre des indemnisations. Mais David Eray n'a pas articulé de montant.

Le ministre s'est dit bien conscient que cette décision va impacter l'image de la géothermie profonde. «Les projets doivent être bien acceptés, ce qui n'est pas le cas en Haute-Sorne», a ajouté David Eray en souligant qu'un passage en force n'était pas un gage de sérénité.

Le Parlement jurassien s'est opposé au projet, en acceptant une motion en décembre demandant l'arrêt définitif et immédiat de cette forme d'énergie. Une initiative populaire avait aussi été déposée contre ce projet avant d'êtere invalidée. Sur le site, les travaux n'ont pas encore débuté.

Pour Géo-Energie Suisse, société créée en 2010, ce projet dans le Jura doit être un élément-clé dans l'évaluation de la contribution de la géothermie profonde à l'approvisionnement énergétique de la Suisse. Le projet prévoyait lors de sa présentation un investissement estimé à quelque 100 millions de francs. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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