Turquie: Le gouvernement licencie 350 policiers
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TurquieLe gouvernement licencie 350 policiers

Ankara a démis de leurs fonctions 350 policiers supplémentaires, dont des responsables chargés de la lutte contre les crimes financiers, dans le cadre du scandale de corruption qui secoue le pays.

Ankara a procédé mardi à une nouvelle vague de purges sans précédent pour tenter de reprendre le contrôle de la police. De nombreux hauts gradés sont accusés d'être aux mains de «l'Etat dans l'Etat», jugé responsable du scandale politico-financier qui éclabousse le gouvernement turc.

Trois semaines après le raid anticorruption à l'origine de la tempête qui éclabousse le sommet de l'Etat turc, le nouveau ministre de l'Intérieur Efkan Ala a signé un décret officiel qui démet de leurs fonctions pas moins de 350 policiers basés à Ankara.

Dans cette liste figurent plus de 80 hauts gradés de la police de la capitale, parmi lesquels les patrons des services en charge de la lutte contre les crimes financiers, le crime organisé et la piraterie informatique, a rapporté l'agence de presse turque Dogan.

Cette nouvelle charrette vient s'ajouter aux dizaines, voire aux centaines de policiers déjà sanctionnés par le gouvernement depuis le début de cette affaire. Le préfet de police d'Istanbul et de nombreux autres responsables provinciaux sont notamment accusés de ne pas avoir prévenu le pouvoir politique de l'enquête qui les menace. Plusieurs médias turcs évoquaient mardi matin un chiffre supérieur à 560.

Outre ce nettoyage en règle de la hiérarchie policière, le gouvernement du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a également lancé une vaste opération de reprise en main de la justice. Il la considère elle aussi comme infiltrée par la confrérie du prédicateur musulman Fethullah Gülen, qui vit en Pennsylvanie (Etats-Unis) depuis 1999.

Tentative d'assassinat

Depuis le début de l'affaire, M. Erdogan, qui a entamé dimanche une tournée d'une semaine en Asie, accuse à mots couverts le mouvement de M. Gülen d'être à l'origine de l'enquête anticorruption de la justice.

A longueur de discours, le chef du gouvernement a accusé la confrérie, très influente dans la police et la magistrature, d'avoir constitué un «Etat dans l'Etat», avec des soutiens à l'étranger, et commis une «tentative d'assassinat» contre lui, son gouvernement, et le pays tout entier à trois mois des élections municipales.

Tous deux assis sur une base conservatrice et religieuse, le Parti de la justice et du développement (AKP) de M. Erdogan - au pouvoir depuis 2002 - et les «gülenistes» ont longtemps fait cause commune pour s'imposer aux commandes de l'Etat turc.

Mais à l'automne, le mouvement de M. Gülen a définitivement rompu avec le gouvernement, qui a annoncé sa volonté de supprimer des écoles privées qui assurent une large partie du financement de la confrérie. Le bras de fer qui oppose depuis trois semaines le pouvoir à la justice s'est poursuivi mardi, avec la réunion à Ankara du Haut-conseil des juges et procureurs (HSKY).

Cette institution, qui a déjà dénoncé publiquement les «pressions» sur la justice, doit évoquer les récriminations d'un procureur d'Istanbul. Aujourd'hui dessaisi de l'affaire, il a accusé la police judiciaire de ne pas avoir exécuté des mandats d'amener délivrés contre une trentaine de personnalités proches du pouvoir.

Coup de filet dans 5 villes

Sur le terrain, les procureurs anticorruption ont ordonné mardi un coup de filet dans cinq villes du pays et interpellé 25 personnes dans un autre volet de l'enquête à tiroirs lancée le 17 décembre. Elles sont soupçonnées de fraude et de corruption en marge d'appels d'offres passés par la société publique des chemins de fer (TCDD), selon les médias.

Plusieurs dizaines d'hommes d'affaires, de patrons, de hauts fonctionnaires et d'élus, dont les fils de deux ex-ministres, ont déjà été inculpés ou incarcérés dans le cadre de ce scandale, qui a provoqué la démission de trois membres du gouvernement et précipité à Noël un large remaniement ministériel. (ats/afp)

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