France - mariage homo: «Le gouvernement ne s'est pas encore prononcé»

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France - mariage homo«Le gouvernement ne s'est pas encore prononcé»

Le projet de loi ouvrant le mariage et l'adoption aux couples homosexuels divise au sein même de la majorité de gauche.

Promesse de campagne de François Hollande, l'ouverture du mariage et de l'adoption aux couples homosexuels ne fait pourtant pas l'unanimité à gauche. «C'est la question de la filiation qui pose problème», analyse un proche du chef de l'Etat. «Il ne faut pas confondre le Marais et la France profonde», glisse-t-il à Sipa. «Ca parle beaucoup... surtout quand il s'agit des enfants». Comme à droite, c'est surtout le droit à l'adoption qui passe mal, notamment auprès des élus ruraux ou de petites communes.

Daniel Delaune, maire divers gauche de Grand-Camp (Seine-Maritime), en est un exemple. Opposé au mariage homosexuel et «encore plus» à l'adoption, il est l'un des initiateurs de l'appel du collectif des maires pour l'enfance qui revendique 12'000 signataires «de droite et de gauche», dont des adjoints au maire. «Personnellement», il refusera de célébrer une telle union si la loi passait, affirme-t-il à Sipa. «Les questions d'éthique ne sont ni de droite ni de gauche», souligne-t-il. «Je ne suis pas du tout homophobe», tient-il encore à préciser. Mais «pour moi, un enfant, c'est un père et une mère». M. Delaune, qui a voté pour François Hollande le 6 mai, espère donc qu'il y aura «un vrai débat».

Contradiction

A l'inverse, certains députés PS souhaitent aller plus loin... et sans attendre. Leur chef de file, Bruno Le Roux, a annoncé qu'un amendement serait déposé en faveur de l'accès à la PMA pour toutes les femmes, seules ou en couple, lors de l'examen du projet de loi prévu à l'Assemblée début 2013. «C'est une suite logique», explique à Sipa Annick Lepetit, une des porte-parole du groupe PS. «Puisqu'on a une occasion de légiférer, il me semble nécessaire de ne pas la différer», abonde le député PS de Paris Patrick Bloche, pour qui cette «nouvelle étape» doit être franchie «d'un seul coup».

L'initiative est en contradiction avec la ligne défendue depuis plusieurs semaines par le gouvernement: l'accès à la PMA ne figure pas dans le projet de loi tel que l'avait dévoilé la garde des Sceaux Christiane Taubira en septembre dans le journal La Croix et tel qu'il sera présenté mercredi en conseil des ministres. Même si, face à la colère des associations, Matignon a expliqué qu'il pourrait figurer dans une loi ultérieure dédiée à la famille.

«Le Premier ministre n'a pas exprimé un désaccord sur le fond mais sur le calendrier», assure M. Bloche. Auteur d'un précédent projet de loi visant à légaliser le mariage homosexuel, le député de Paris aime à rappeler que le Pacs (Pacte civil de solidarité) était déjà «d'initiative parlementaire». «Cela ne doit pas être vécu comme un psychodrame!». «Le groupe PS est un groupe qui apporte une contribution et pas une contradiction» au gouvernement, avait déjà déminé Harlem Désir, nouveau premier secrétaire du parti, qui s'est également dit favorable à la PMA.

Pour le moment, «le gouvernement ne s'est pas prononcé sur le sort qu'il réservera» à cette proposition d'amendement, a affirmé le 31 octobre la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem. Mais déjà, l'initiative sème le trouble dans la majorité. «Les députés socialistes sont dans leur rôle quand ils exercent leur droit d'amendement, mais sur la PMA ils confondent urgence et précipitation et ils se trompent de débat», a dénoncé Jean-Michel Baylet, président du Parti radical de gauche. «Le débat sur l'égalité des droits ne doit pas escamoter la réflexion sur la bioéthique qui doit être conduite dans notre pays», a estimé l'ancien candidat à la primaire socialiste dans un communiqué.

Preuve, s'il en fallait encore une, que le débat sur l'ouverture du mariage et de l'adoption aux couples homosexuels coince à droite... comme à gauche. De là à risquer un incident semblable à celui dont fut victime le PACS, rejeté en première lecture en 1998 lorsque les députés de la majorité plurielle avaient déserté l'hémicycle? «Je ne l'imagine même pas», écarte d'un revers de la main Mme Lepetit, convaincu que les socialistes auront retenu la leçon. (ap)

Espagne

Le tribunal constitutionnel espagnol a validé mardi la loi de 2005 sur le mariage et l'adoption pour les couples homosexuels, rejetant un recours de la droite au pouvoir qui envisage toujours de modifier cette loi votée sous les socialistes, selon une source judiciaire.

Cette décision intervient au moment où le gouvernement socialiste français est sur le point de déposer au Parlement un projet de loi en ce sens, combattu, comme en Espagne, par l'Eglise et la droite.

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