Emeutes à Istanbul: Le gouvernement turc rend la place Taksim
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Emeutes à IstanbulLe gouvernement turc rend la place Taksim

Le gouvernement turc a lâché du lest samedi après des affrontements opposant à Istanbul la police aux manifestants. Les forces de l'ordre ont quitté la place Taskim samedi après-midi, laissant la place à une foule en liesse, criant victoire.

Dans cette foule vibrante, tous les bords politiques sont représentés. De la droite nationaliste aux gauchistes revendiqués, des musulmans pratiquants aux laïcs purs et durs. Une poignée d'entre eux a recouvert de drapeaux multicolores le monument à la gloire du père de la Turquie moderne, Mustafa Kemal Atatürk.

«Nous avons réussi à faire reculer la police», dit une institutrice de 38 ans identifiée sous le prénom de Leyla. «Ce gouvernement est résistant comme de la colle et ne laissera pas tomber facilement», ajoute-t-elle. De nombreux manifestants sont décidés à passer la nuit sur «leur» place Taksim.

Nombreuses arrestations

Le ministre de l'Intérieur Muammer Güler a annoncé samedi soir à la télévision que la police avait arrêté 939 personnes au cours de 90 manifestations à travers le pays depuis vendredi. Certaines de ces personnes ont déjà été libérées, a-t-il ajouté, faisant état de 79 blessés, 53 civils et 26 policiers.

De source médicale, on précise que près d'un millier de personnes ont été blessées lors des affrontements survenus vendredi à Istanbul. Au moins six personnes ont perdu un oeil après avoir été touchées par des grenades lacrymogènes, indique l'ordre des médecins.

Le département d'Etat américain a exprimé sa préoccupation face au nombre de blessés tandis qu'Amnesty International et le Parlement européen se sont émus d'un «usage excessif» de la force.

Projet maintenu

Plus tôt dans la journée de samedi, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan est sorti de son silence. Il a d'abord promis de faire revenir l'ordre.

Comme un défi aux manifestants, M. Erdogan a ensuite confirmé le projet d'aménagement urbain à l'origine de la protestation. «Nous allons reconstruire la caserne militaire» de l'époque ottomane prévue dans le projet et qui cristallise depuis des mois la colère des urbanistes, architectes, écologistes ou riverains.

Le Premier ministre a cependant concédé que la police avait agi dans certains cas de façon «extrême». «Il est vrai qu'il y a eu des erreurs, et des actions extrêmes dans la réponse de la police», a-t-il dit, ajoutant qu'une enquête a été ordonnée par le ministère de l'Intérieur.

Tribunal administratif

Saisi par les opposants, un tribunal administratif d'Istanbul a suspendu vendredi cette partie du projet, qui prévoit également le remplacement d'un petit parc et de ses 600 arbres par un centre culturel et/ou un centre commercial.

Après quelques heures de répit, les affrontements qui ont embrasé le centre de la mégapole turque vendredi ont repris samedi en milieu de matinée, mais avec moins d'intensité que la veille. A plusieurs reprises, la police a fait usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau autour de la place Taksim pour disperser des petits groupes qui ont riposté par des jets de pierre.

D'autres échauffourées ont été signalées un peu plus tôt dans un autre quartier de la ville, Besiktas. Plusieurs centaines de personnes rassemblées sur le versant anatolien de la ville pour rejoindre la place Taksim se sont retrouvées nez à nez avec la police. Elle les a dispersées en usant de gaz lacrymogènes.

Contestation contagieuse

Dès vendredi soir, la contestation partie d'Istanbul s'est propagée à d'autres villes du pays, comme à Izmir (ouest), Antalya (sud) ou la capitale Ankara, où des incident sont opposé la police à des manifestants qui voulaient marcher sur le parlement.

Si le revenu par habitant a triplé en Turquie depuis 2002, M. Erdogan est accusé de dérives autoritaires et de vouloir «islamiser» la société turque. La semaine dernière, le vote d'une loi restreignant la consommation et la vente d'alcool a ainsi suscité l'ire des milieux libéraux. (afp)

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