Design: Le graffiti: la dernière lubie des nantis
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DesignLe graffiti: la dernière lubie des nantis

L'industrie de la mode aime récupérer les symboles subversifs à son profit. Cette saison, elle a jeté son dévolu sur l'univers du tag. Certains graffeurs crient à l'imposture.

par
Muriel Risse

Les marques de luxe adorent se donner de faux airs de bad boys depuis des décennies. Leurs méthodes? Signer une collection avec l'artiste punk Stephen Sprouse (Louis Vuitton), afficher ses it-bags aux bras de starlettes un brin destroy (Chanel), engager le pape du slim et du costume rock, Hedi Slimane, en tant que directeur artistique (Yves Saint Laurent).

Histoire de rock'n'rolliser sa dernière collection, Jean Paul Gaultier, quant à lui, n'a pas hésité à sprayer ses robes soyeuses. «J'ai joué avec le graffiti sur un mode couture et élégant», a-t-il confié. Cette saison, l'art urbain colorera également nos inté­rieurs. Hôtels, cosmétiques et parfums semblent s'être donné le mot (lire ci-dessous). La fonction contestatrice du graffiti est évacuée au profit du politiquement beau.

Kidult, le graffeur énervé

Pourtant, tous les artistes ne sont pas prêts à vendre leur âme à Hermès & Co. En 2011, le graffeur Kidult et ses bonbonnes s'en sont pris aux vitrines de Dior, Yves Saint Laurent et JC de Castelbajac. «Plusieurs marques de luxe utilisent le graffiti comme faire-­valoir en méprisant cette culture», clame-t-il dans une vidéo postée sur YouTube. Il affirme vouloir se battre afin de préserver l'esprit «impertinent et vandale» du street art.

Puni hier, encensé aujourd'hui

Tels des tableaux monumentaux, des tags multicolores mettent en valeur des robes valant des milliers de francs dans les vitrines de la boutique Hermès à Dubaï. Ce décor éphémère, qui vient d'être dévoilé au public, est l'œuvre de Darco, un pionnier de l'art urbain. Le Français de 43 ans avait été condamné pour vandalisme, en 1989, parce qu'il recouvrait de peinture des gares SNCF. L'artiste s'est dit très fier de la reconnaissance que constituait l'invitation de l'enseigne de luxe qui, de son côté, se flatte de vaporiser dans ses rayons un parfum de scandale bien propret. La saison dernière, elle avait déjà jeté son dévolu sur un graffeur français, appelé Kongo, afin de réaliser une série de foulards bariolés baptisée «Graff».

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