02.03.2016 à 06:26

TurquieLe Grand bazar d'Istanbul va être rénové

Le verdict des architectes est sans appel. Le marché ouvert la plus visité au monde s'affaisse dangereusement.

Construit en 1450 sous le règne du sultan Mehmet II, le Grand bazar a été agrandi, détruit, reconstruit ou modernisé au fil des siècles. Aujourd'hui, il doit être rénové car il s'affaisse dangereusement.

Construit en 1450 sous le règne du sultan Mehmet II, le Grand bazar a été agrandi, détruit, reconstruit ou modernisé au fil des siècles. Aujourd'hui, il doit être rénové car il s'affaisse dangereusement.

photo: AFP

Le Grand bazar d'Istanbul a plus de 550 ans. Il va subir une très longue cure de jouvence, qui inquiète ses fidèles les plus nostalgiques.

Avec plus de 90 millions de visiteurs en 2014, le «Kapaliçarsi» (bazar couvert, en turc) est considéré comme le site le plus fréquenté au monde. Consécration planétaire, ses 40'000 mètres de carrés de toits ont servi en 2011 de terrain de jeu à James Bond, le temps d'une série de cascades à moto pour le film «Skyfall».

Mais le héros est fatigué. Construit en 1450 sous le règne du sultan Mehmet II, le Grand bazar a été agrandi, détruit, reconstruit ou modernisé au fil des siècles dans une joyeuse improvisation qui, à défaut d'avoir toujours respecté les canons historiques, a au moins contribué à justifier son nom.

S'il n'a rien perdu de son effervescence séculaire, le marché stambouliote fait aujourd'hui son âge. Ses pavés se déchaussent, ses voûtes penchent et ses toits fuient.

Lifting sans précédent

Alors la municipalité d'Istanbul a pris le taureau par les cornes et décidé de lui offrir un lifting sans précédent. «C'est un très long projet, qui va durer dix ans», explique le maire du district de Fatih, Mustafa Demir, un proche du tout-puissant président turc Recep Tayyip Erdogan.

La facture est à la mesure de cette ambition: pas moins de 30 millions d'euros (32,5 millions de francs) financés largement par les autorités. La priorité absolue est de rendre au bâtiment sa stabilité.

Tunnels de béton

Une à une, les rues du marché vont être percées de tranchées. Au fond seront posés des tunnels de béton où doivent passer l'eau, les égouts, la pluie et, accessoirement, les faisceaux de câbles électriques qui pendouillent aujourd'hui le long des murs.

Réunis en syndic, les propriétaires des plus de 3000 boutiques du Bazar ont accepté de mettre la main à la poche, convaincus de la nécessité de ce ravalement d'ampleur. «L'hiver il fait trop froid, l'été trop chaud. Et dès qu'il pleut, il y a des fuites», résume Kenan, un vendeur de cuirs. «J'espère que tout ça va bientôt changer».

Hausse des loyers

Ce grand chantier suscite toutefois quelques inquiétudes. Notamment celles des locataires des échoppes les plus modestes, qui redoutent une montée en flèche de leurs loyers.

Les craintes sont apparemment fondées. Il y a moins d'un an, la municipalité a ordonné à 80 boutiquiers de vider les lieux, officiellement pour cause de réfection. Furieux, ils ont appris que leur bailleur, un organisme public, avait lancé un appel d'offres pour relouer leur galerie à des loyers nettement supérieurs.

Les commerçants ont eu beau protester, les autorités locales ont rapidement éteint la fronde en les faisant expulser manu militari par la police.

Projet d'hôtels

Habitués des opérations de rénovation urbaine à marche forcée lancées par la municipalité d'Istanbul, certaines associations de la société civile flairent dans la rénovation du Grand bazar l'odeur d'une juteuse opération immobilière. Dans leur ligne de mire, la construction annoncée de deux hôtels dans des caravansérails adjacents au marché couvert qui, accusent-elles, menacent son intégrité historique.

«Je ne pense pas que ce projet ait beaucoup pensé à renforcer l'identité culturelle et historique de l'édifice», déplore Cemal Gökçe, président de la Chambre des ingénieurs en génie civil d'Istanbul. «Il ne faudrait surtout pas faire du Grand bazar un simple centre commercial».

Le maire du district balaie ces critiques d'un revers de main. «On est au XXIe siècle, il n'est pas question de figer le Grand bazar dans son passé», argumente M. Demir. Le premier coup de pioche des travaux est prévu au printemps. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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