Genève: Le grec se meurt, victime de la mode et des économies

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GenèveLe grec se meurt, victime de la mode et des économies

La langue de Platon ne sera plus enseignée que dans deux collèges à la rentrée dans la Cité de Calvin. La faute à l’époque, selon l’État, que les maîtres jugent pour leur part responsable. 

par
Jérôme Faas
Le Parthénon, situé sur l’acropole d’Athènes.

Le Parthénon, situé sur l’acropole d’Athènes.

Getty Images

Le grec se meurt à Genève. En juin, au collège de Candolle, dix-neuf hellénistes passeront leur maturité. Puis, s’en sera fini de la langue de Platon dans cet établissement. Au collège Calvin, huit adolescents seulement étudient cette matière en 4e et dernière année, et dix en 3e. À la rentrée 2023, le grec ne sera plus enseigné que dans deux des dix collèges genevois (Calvin et Voltaire). D’une manière générale, les langues anciennes souffrent: le latin n’est plus dispensé que dans trois collèges (Candolle, Rousseau et Voltaire).

La concurrence de la maturité bilingue

Ce désamour, amorcé voici des années, est dû en partie à l’époque. «On constate le même phénomène dans d’autres cantons ou pays, relève Pierre-Antoine Preti, porte-parole du Département de l’instruction publique (DIP). C’est donc probablement une question de société: on préfère étudier une discipline qui paraît a priori plus immédiatement utile, comme une langue vivante.» Il note aussi que les très bons élèves, jadis attirés par la combinaison latin-grec, optent dorénavant plutôt pour les maturités bilingues.

Ainsi, explique un enseignant, il arrive que des parents fassent pression pour que leur progéniture ne choisisse pas ces langues parfois perçues comme inutiles, alors qu’ils poussaient autrefois dans le sens inverse. Il y a vingt ans, quelque 600 collégiens genevois étudiaient le latin et 300 le grec, relève-t-il; ils ne sont plus, cette année, qu’un peu plus de 200, respectivement 150. 

Deux choix cruciaux en 2020

Pour les professeurs des «humanités», il s’agit d’une «catastrophe» qui n’est pas le seul fait de la fatalité. Ralph Ettlin, membre du bureau de l’Union du corps enseignant du secondaire genevois, considère ainsi que deux choix du Département de l’instruction publique (DIP), datant de 2020, ont précipité cette désaffection: d’une part la spécialisation des collèges, qui implique que toutes les options spécifiques (OS) ne sont pas proposées partout; d’autre part la disparition des options spécifiques supplémentaires (OSS).

La poule et l’œuf

C’est l’affaire de la poule et de l’œuf. Alors que les professeurs jugent que ces décisions ont accéléré le recul de ces matières, le DIP explique avoir été contraint d’agir de la sorte en raison dudit recul. «La désaffection pour les langues anciennes a pour conséquence que, pour des raisons de coûts et de trop petits effectifs, leur enseignement ne peut pas être offert dans l’ensemble des collèges du canton», indique Pierre-Antoine Preti.

Le lieu, facteur décourageant

Cette régionalisation des options aurait freiné certains adolescents. «À 15 ans, la localisation est importante, expose un professeur. Opter pour le grec ou le latin est déjà un choix compliqué, mais si en plus il implique de se séparer de ses amis», l’affaire se corse; un constat que partage le DIP.

Par ailleurs, regrette Ralph Ettlin, «l’OSS permettait à un élève motivé d’adjoindre une langue supplémentaire à son cursus. Il pouvait, par exemple, choisir l’option spécifique (OS) biologie-chimie, puis ajouter le grec.» La possibilité a disparu – impliquant notamment que le cumul du grec et du latin empêche d’étudier l’anglais.

«Études commerciales»

Le DIP dit déplorer le recul des langues anciennes «qui développent l’esprit logique et apportent une ouverture sur d’autres cultures et civilisations». Pour pallier ce «phénomène de société», il explique offrir la possibilité d’étudier le grec indépendamment du latin. Mais certains enseignants jugent ce discours hypocrite. L’un peste: «Les options ont été régionalisées, sauf économie-droit, accessible partout. Cela démontre la volonté du DIP de transformer les études gymnasiales en études commerciales.»

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