Le groupe Alstom visé par une enquête pour corruption

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Le groupe Alstom visé par une enquête pour corruption

Les autorités françaises et suisses enquêtent pour savoir si le groupe Alstom a payé des centaines de millions de dollars de pots-de-vin pour obtenir des contrats en Asie et en Amérique du Sud entre 1995 et 2003, selon des personnes proches du dossier citées dans le «Wall Street Journal» (WSJ) paru mardi.

On confirmait de source policière à Paris l'ouverture de cette enquête.

On précisait de source judiciaire que le parquet de Paris a ouvert en novembre 2007 une information judiciaire contre X pour corruption d'agent public étranger, abus de biens sociaux et recel à la suite d'une dénonciation des autorités judiciaires suisses. La Division nationale des investigations financières (DNIF) a été saisie de cette enquête.

En Suisse, des personnes dans l'entourage du groupe Alstom font l'objet d'une enquête pour soupçon de corruption, blanchiment d'argent et d'autres délits en lien avec des commandes d'infrastructure en Amérique du Sud et en Asie, a confirmé Walburga Bur, patronne du service de presse du ministère public de la Confédération. Un citoyen suisse fait par ailleurs l'objet d'une enquête ouverte par l'Office des juges d'instruction fédéraux. Dans les deux cas, les autorités helvétiques sont en contact avec leurs homologues français.

La semaine dernière, des représentants de la police suisse ont rencontré leurs homologues au Brésil, dans le cadre d'une enquête sur des commissions d'un montant de 6,8 millions de dollars que des responsables d'Alstom sont soupçonnés d'avoir versées, afin d'obtenir un contrat de 45 millions de dollars pour des équipements d'extension du métro de Sao Paulo.

Les enquêteurs cherchent également à connaître la destination de 200 millions de dollars de versements suspects, qui ont été effectués en lien avec un projet hydroélectrique au Brésil et des projets au Venezuela, à Singapour et en Indonésie.

Les versements liés à ces projets sont détaillés dans des documents d'Alstom obtenus par les enquêteurs et que le «Wall Street Journal» a examinés.

L'an dernier, deux anciens dirigeants d'Alstom ont déclaré aux enquêteurs qu'ils avaient effectué des versements au nom de l'entreprise, a-t-on indiqué de sources proches de l'enquête. Dans un entretien accordé au «Wall Street Journal», l'un d'eux, Michel Mignot, assure qu'il faisait simplement son travail. «Je n'ai jamais pris un centime pour mon compte», a affirmé l'ancien consultant d'Alstom. «Je ne pensais pas que les transactions étaient illégales, car elles étaient effectuées pour obtenir des contrats d'ingénierie civile partout dans le monde».

Un porte-parole d'Alstom a reconnu que les bureaux de l'entreprise avaient été perquisitionnés en lien avec une enquête des autorités françaises, mais a souligné qu'aucune poursuite n'avait été engagée. «Le code de conduite d'Alstom est de se conformer strictement à toutes les lois et les règlements qui s'appliquent au commerce», a-t-il dit.

Dans un communiqué, Alstom indique que «les faits supposés reposent sur des hypothèses et des spéculations». «Aucune procédure judiciaire ne met l'entreprise en cause pour des faits de corruption». Selon Alstom, l'article mentionne en particulier des personnes qui n'ont plus de lien avec le groupe depuis 2001.

Les investigations actuelles ont débuté en 2004, après que des auditeurs de KPMG Fides Peat en Suisse, travaillant pour le compte de la Commission fédérale bancaire suisse, ont découvert des documents détaillant le circuit financier d'un flux de 20 millions d'euros allant d'Alstom vers des coquilles financières en Suisse et au Liechtenstein, selon un document de KPMG consulté par le «Wall Street Journal».

La nature des transactions et les documents, qui sont souvent manuscrits, «amènent à la conclusion qu'il s'agit de corruption», indique le rapport. AP

ljg/xveg0/pas/mw (ap)

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