Neuchâtel: Le Haut se sent désavantagé
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NeuchâtelLe Haut se sent désavantagé

Le clivage entre le Haut et le Bas est un serpent de mer pour le canton.

Pour la première fois, une étude universitaire réalisée auprès de 500 élus cantonaux et communaux permet de mieux cerner le fossé. Elle montre notamment que le Haut se sent davantage prétérité.

Pour les infrastructures politiques par exemple, seuls 57% des élus des Montagnes considèrent qu'elles sont bien réparties, contre 90% des élus du Littoral, révèle l'étude publiée samedi par «L'Express-L'Impartial». En matière d'hôpitaux, seuls 23% des élus du Haut considèrent que les infrastructures sanitaires sont bien distribuées, contre 69% des élus du Littoral.

La répartition des infrastructures apparaît de loin comme la première cause des tensions cantonales. Elle est citée par 88% des 504 élus qui ont répondu au questionnaire - sur 1242 personnes sollicitées -, devant les facteurs politiques (36%) et les facteurs économiques (36%). Le sondage révèle aussi que 80% des élus estiment que l'image du canton en Suisse en négative.

Répartition des emplois pas équitable

Les statistiques montrent que la répartition des emplois publics n'est pas équitable pour les quatre régions, relève le responsable de l'étude François Hainard, professeur de sociologie à l'Université de Neuchâtel, dans une interview.

«La question est de savoir, d'une part, si une répartition équitable serait utile et d'autre part si les autorités ont les compétences pour y remédier», explique le professeur. Un exemple: les emplois publics fédéraux sis sur le Littoral échappent à toute volonté des décideurs cantonaux.

A la question de savoir si le clivage Haut-Bas est une réalité ou un fantasme, François Hainard répond que pour certaines thématiques, la réalité du clivage est indiscutable. L'enquête a permis de le confirmer. «Par contre sur d'autres aspects, la bonne volonté des élus de travailler ensemble est indéniable», note le professeur.

Parmi les obstacles à la cohésion, M. Hainard cite la réalité géographique: la population du Haut, vu les infrastructures de mobilité, est une population captive. Par ailleurs, les habitants du Bas ne sont pas obligés de fréquenter le Haut, alors que ceux du Haut ne peuvent pas éviter de passer par le Littoral.

Sentiment subjectif

Mais le sentiment d'inégalité est sans doute excessif, parce qu'il se construit toujours sur des sensibilités, voire des subjectivités, nuance le responsable de l'enquête. Reste que les disparités régionales ne sont pas un fantasme. «La question est de savoir s'il y a lieu de les éliminer ou de les limiter. Et c'est une question exclusivement politique».

Le professeur pointe du doigt le manque d'indicateurs statistiques qui rendent compte objectivement de la réalité socio-économique des régions. Cette carence d'indices fiables «entretient la méconnaissance de la situation et attise par conséquent les rivalités construites sur des bases subjectives», estime M. Hainard.

Cette étude a été réalisée par 35 étudiants sur mandat de la Commission consultative de la cohésion cantonale. Parmi les élus contactés, 77% des députés au Grand Conseil ont répondu, contre 53% des conseillers communaux (exécutifs) et 35% des conseillers généraux (législatif). (ats)

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