Centrafrique: Le HCR dénonce un nettoyage à grande échelle

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CentrafriqueLe HCR dénonce un nettoyage à grande échelle

Le Haut commissariat aux réfugiés a pointé du doigt, mercredi, les violences dont sont victimes les Centrafricains.

La présidente centrafricaine Catherine Samba Panza a promis mercredi «la guerre» aux miliciens anti-balaka, qui multiplient les exactions contre les civils musulmans. Le Haut Commissaire de l'ONU aux réfugiés Antonio Guterres a pour sa part dénoncé le «nettoyage ethnico-religieux» en cours dans ce pays.

«Les anti-balaka (milices d'autodéfense à dominante chrétienne) ont perdu le sens de leur mission. Ce sont eux qui tuent, qui pillent, qui volent. Est-ce que c'est normal?», a déclaré Mme Samba Panza lors d'une visite à Mbaïki (80 km au sud-ouest de Bangui) en compagnie du ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian.

Ces propos offensifs font écho aux déclarations menaçantes tenues ces derniers jours par M. Le Drian et les commandants des contingents français et africain en Centrafrique, qui visaient directement les miliciens et les pillards sévissant en toute impunité.

La cheffe de l'Etat centrafricain a toutefois récusé le terme de «nettoyage ethnique» utilisé par Amnesty International (AI). «Je ne pense pas qu'il y ait d'épuration confessionnelle ou ethnique. Il s'agit d'un problème d'insécurité», a-t-elle dit.

«Nettoyage ethnico-religieux»

Dans un communiqué, AI a déploré que les soldats internationaux «ne parviennent pas à empêcher le nettoyage ethnique des civils musulmans dans l'ouest de la République centrafricaine» (RCA). Elle a appelé la communauté internationale à «faire barrage au contrôle des milices anti-balaka et à déployer des troupes en nombre suffisant dans les villes où les musulmans sont menacés».

En visite à Bangui, Antonio Guterres a fait écho à Amnesty, parlant d'un «nettoyage ethnico-religieux massif» et «d'une catastrophe humanitaire de proportions indescriptibles».

«Des exécutions indiscriminées et des massacres ont eu lieu. La violence est caractérisée par des actes d'une barbarie, d'une brutalité et d'une inhumanité choquantes», a déclaré le responsable de l'ONU dans un communiqué publié à Genève.

Le Haut Commissaire a exhorté la communauté internationale à accroître immédiatement les forces militaires sur le terrain et à «accorder la même importance à la République centrafricaine qu'à la Syrie».

Pont aérien

Selon l'ONU, 1,3 million de personnes, soit plus d'un quart de la population du pays, ont besoin d'une assistance alimentaire immédiate, en particulier dans les camps de déplacés où s'entassent plus de 800'000 personnes, dont plus de la moitié à Bangui.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) a lancé mercredi un pont aérien entre Douala (Cameroun) et Bangui pour acheminer des vivres pour 150'000 personnes pendant un mois, mais cela restera insuffisant face à l'ampleur de la crise.

Le pays est plongé dans le chaos depuis le coup d'Etat de mars 2013 et la prise de pouvoir de la Séléka. La présence de 1600 militaires français de la force Sangaris et de 5000 soldats de la Mission africaine en Centrafrique (Misca) n'a pas permis de briser le cercle des attaques et des représailles, qui ont fait plus de 2000 morts selon l'ONU.

Une fosse commune a été découverte mercredi dans une caserne militaire de Bangui occupée par la Séléka. La Croix-Rouge centrafricaine n'a pas encore eu le temps de déterminer le nombre de corps qui y sont inhumés.

Crainte de partition du pays

Dans ce contexte, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon s'est ému mardi du risque d'une possible partition du pays. «La brutalité sectaire est en train de changer la démographie du pays, la partition de facto de la RCA est un risque avéré», a-t-il dit. D'anciens responsables de la Séléka avaient déjà fait état publiquement de leur volonté sécessionniste.

Catherine Samba Panza a toutefois rejeté un tel scénario, affirmant sa «ferme volonté de ne pas céder un seul pouce du territoire centrafricain, qui a toujours été uni et laïc».

Jean-Claude Le Drian a lui aussi rejeté toute idée de partition du pays. «Pour la France, il n'y a et il n'y aura qu'une seule Centrafrique, qu'une seule chef de l'Etat», a-t-il martelé à Mbaiki. (ats)

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