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EURO 2020Le héros allemand a été repéré un lendemain de cuite

Robin Gosens, moteur principal du festival réussi par la Mannschaft samedi contre le Portugal, n’a pas pris la route la plus droite pour devenir footballeur professionnel.

par
Simon Meier
Robin Gosens s’est montré irrésistible, samedi contre le Portugal. Auteur d’un but et deux passes décisives, il a été élu homme du match.

Robin Gosens s’est montré irrésistible, samedi contre le Portugal. Auteur d’un but et deux passes décisives, il a été élu homme du match.

AFP

Même Cristiano Ronaldo, pourtant très en jambes, a dû s’incliner et lui laisser la vedette. Robin Gosens, auteur de deux passes décisives et d’un but samedi lors de la victoire de la Mannschaft contre le Portugal (4-2), s’est révélé sur la scène internationale en l’espace d’un match. Même en Allemagne, malgré ses neuf sélections depuis septembre passé et ses deux très bonnes dernières saisons avec l’Atalanta, on n’avait pas trop vu venir ce latéral devenu milieu gauche de bientôt 27 ans – il les aura le 5 juillet. Il faut dire qu’il n’a jamais disputé le moindre match de championnat professionnel outre-Rhin; et qu’il a échappé à tous les radars de ce côté-ci de la frontière.

Impliqué sur le 1er but allemand

Né à Emmerich (Rhéanie-du-Nord-Westphalie), à 500m des Pays-Bas, Robin Gosens a une mère allemande et un papa policier et néerlandais. Footballeur dès ses plus jeunes années, il n’a jamais intégré le centre de formation d’un club de Bundesliga. Ni vu, ni connu. Il évoluait chez les M19 du VfL Rhede, un club amateur du coin, lorsqu’il a tapé dans l'œil du recruteur de Vitesse Arnhem, à 17 ans. Le hic? Il était encore rond de la veille – pas le recruteur, Robin Gosens.

«Je faisais partie de ceux qui pensaient pouvoir jouer encore mieux au football avec des verres dans le nez.»

Robin Gosens
Passeur décisif sur le 3e but allemand

Pour préparer ce match remporté 3-1 à Clèves, lui-même et quelques potes de l’équipe avaient en effet opté pour une virée en boîte de nuit. Jusqu’à 6 heures du mat’ et pas pour téter des glaçons. «Je faisais partie de ceux qui pensaient pouvoir jouer encore mieux au football avec des verres dans le nez», expliquera Gosens dans sa biographie, dont «Bild» a repris les bonnes feuilles.

Auteur d’un but et d’une passe décisive ce jour-là, étincelant, il rêve alors surtout d’une chose: dormir. Une douche et au lit. Et voilà qu’à la sortie du vestiaire, un monsieur se dresse devant lui pour lui proposer un essai dans le club néerlandais de Vitesse Arnhem.

Buteur de la tête sur le 4e but

La suite du récit est amusante: «Ok, me suis-je dit, le gars a l’air sérieux. Il faut maintenant que je trouve un moyen de cacher que j’ai fait la fête jusqu’à 6h et qu’il me reste de l’alcool dans le sang. J’ai fait de mon mieux pour éviter son regard. Par sécurité, je respirais aussi dans une autre direction. On connaît tous ça. D’une manière ou d’une autre, il semblerait que j’y sois parvenu puisque la proposition d’essai tenait toujours après notre entretien.»

L’envol avec l’Atalanta

Et voilà Robin Gosens apprenti pro. Prêté au FC Dordrecht (janvier 2014), puis transféré à Heracles Almelo (été 2015), il ne tardera pas à y fêter la promotion en première division hollandaise. A l’été 2017, il signe à l’Atalanta, qui flaire le très bon coup (pour 1,2 million d’euros!). Après deux saisons déjà solides, il franchit en même temps que son équipe des paliers impressionnants: neuf buts et huit passes décisives en championnat en 2019/20, onze et six lors de la saison écoulée. Pas mal, pour un milieu gauche...

Auteur d’un «assist» dès sa première sélection, le 3 septembre dernier contre l’Espagne (1-1), Gosens, malgré quelques soucis musculaires ce printemps, s’est gentiment imposé aux yeux de Joachim Löw. Depuis sa prestation enchanteresse de samedi soir contre le Portugal, tout le monde, en Allemagne ou ailleurs, voit bien de qui on parle.

Et que voit-on, à part un joueur bourré… d’audace et de talent? On voit un gendre idéal (à condition de tolérer quelques tatouages), étudiant en psychologie à côté du foot, qui vit avec sa copine de presque toujours et leur chien dans une ville qu’on appelle Bergame. Un conte de fée qui pourrait bien se poursuivre lors de cet Euro. Si tel devait être le cas, la Bundesliga pourrait même lui tendre les bras. Et dire que cette belle histoire aurait pu basculer du mauvais côté, si Robin Gosens et ses potes étaient rentrés à minuit ce soir-là.

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