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«Le hip-hop permet d'ouvrir les yeux sur la réalité»

TEL AVIV – Le trio de rappeurs palestiniens DAM entame une tournée en Suisse. Interview avec l'un de ses membres, Mahmood Jreri, 24 ans.

– DAM sera vendredi 9 mars au centre Ebullition, à Bulle. Quel genre de concert avez-vous préparé pour le public suisse?

– Nous allons surtout jouer des titres de notre troisième album, «Dedication», sorti l'automne dernier. Sur scène, cela sera un vrai show hip-hop dans tous les sens du terme. Je crois que cela va être très cool. Cette tournée est l'une des plus grandes depuis nos débuts, en 1998.

– De quoi parlent les chansons de cet album?

– Nous racontons ce que nous voyons à travers les fenêtres de nos maisons. En tant que Palestiniens vivant en Israël, nous mettons en avant les problèmes sociaux, économiques, politiques et personnels auxquels nous sommes confrontés. Cet album résonne comme une sorte de protestation. Chacune des chansons est dédiée à une cause qui nous tient à cœur.

– Aurez-vous un message particulier pour les jeunes Suisses qui vivent ici, dans un pays de paix?

– Nous souhaitons les rendre attentifs aux problèmes des Palestiniens, mais pas seulement. Nous voulons leur dire que le hip-hop est aussi une manière d'ouvrir les yeux sur le monde dans lequel ils vivent. Nous croyons que nous pouvons mobiliser les jeunes avec nos chansons.

– Votre rap est-il diffusé sur les radios israéliennes?

– DAM est très connu en Palestine et dans les territoires occupés en Israël, mais très peu auprès du public juif. En Israël, nous avons été programmés dans des émissions de radio, mais c'étaient des émissions plutôt «underground». Nous avons quand même eu des offres pour jouer dans des festivals en Israël, mais finalement nous n'y sommes pas allés, car on nous a demandé de censurer des chansons.

– DAM est le premier groupe de rap palestinien à s'être formé, en 1998. Avez-vous ouvert depuis une brèche pour les autres?

– Oui. Maintenant, presque chaque village ou chaque ville en Palestine possède son groupe de rap. Il y a actuellement une vingtaine de groupes qui font du hip-hop arabe. Nous avons été les pionniers, certes, mais nous constatons que le hip-hop prend de plus en plus de place dans la société. Cette musique parle vraiment aux gens, ils se reconnaissent dans les textes. La génération hip-hop s'agrandit et se fortifie de jour en jour chez nous.

– Avez-vous déjà pensé à quitter la Palestine pour vivre dans une région du globe moins tourmentée?

– Non. Notre quotidien est notre source d'inspiration. Si nous partons vivre ailleurs, nous perdrons notre force créatrice pour notre musique. Je ne pense pas déménager. En revanche, j'espère contribuer à faire de ma ville un endroit meilleur. A Lod, la population est mixte. Il y a 27% de Palestiniens arabes, et le reste de la population est juive.

– En France, vous partagerez le 17 mars la scène avec les rappeurs de La Caution, dont on retrouve aussi une trace dans votre album. Comment s'est déroulée votre rencontre?

– Nous aimons le rap français, très différent du rap américain. Nous écoutons des groupes comme NTM, Saïan Supa Crew. C'est notre label qui nous a mis en contact avec La Caution. Ensemble, nous avons fait une chanson plutôt drôle sur les relations entre voisins.

– Vous ne faites pas que de la musique mais aussi du cinéma. En 2006, vous avez fait une apparition dans un documentaire sélectionné au Festival de Berlin. Est-ce un aspect de votre carrière que vous souhaitez approfondir?

– Oui, si on nous propose par exemple de composer des bandes originales. Très prochainement, un film sortira sur nous, mais il s'agit d'un documentaire sur la situation du hip-hop en Palestine. Le réalisateur nous a suivis pendant cinq ans. Nous ne sommes pas des acteurs.

Catherine Hurschler

DAM, 9 mars, concert à Ebullition, Bulle

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