Football aux Pays-Bas: Le hooliganisme, «un monstre à plusieurs têtes dur à éradiquer»

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Football aux Pays-BasLe hooliganisme, «un monstre à plusieurs têtes dur à éradiquer»

Les Pays-Bas sont confrontés à une montée de la violence dans le football, à l’image des incidents qui ont émaillé la demi-finale de C4 entre Alkmaar et West Ham.

Des fumigènes dans les tribunes aux invasions de terrain, les Pays-Bas sont confrontés à une recrudescence du hooliganisme dans le football qui a culminé avec l’agression de supporters anglais de West Ham par ceux de l’AZ Alkmaar jeudi soir en demi-finale retour de la Ligue Europa Conférence.

Les autorités néerlandaises s’étaient déjà attelées à ce problème à la suite d’une dizaine d’incidents graves qui se sont produits cette saison, choquant le pays. Mais cette fois, le problème a pris une dimension internationale.

Les violences de jeudi soir ont éclaté à l’issue du match, quand des supporters cagoulés de l’AZ Alkmaar ont tenté de prendre d’assaut la zone réservée aux amis et aux familles du staff de West Ham. Le club anglais venait de s’imposer 1-0, assurant sa qualification pour la finale de la C4 après sa victoire 2-1 à l’aller.

Des hooligans néerlandais ont attaqué la zone réservée aux amis et aux familles du staff de West Ham.

Des hooligans néerlandais ont attaqué la zone réservée aux amis et aux familles du staff de West Ham.

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La violence dans le football est un monstre à plusieurs têtes qu’il n’est pas facile d’éradiquer

Dilan Yesilgoz,  ministre néerlandaise de la Justice

Le manager de West Ham, David Moyes, a dit avoir craint pour la sécurité de sa famille, alors que plusieurs joueurs ont franchi des panneaux publicitaires pour tenter de mettre fin aux troubles. La police antiémeute néerlandaise a dû intervenir.

L’UEFA devrait ouvrir une enquête sur ces incidents, et une pression supplémentaire s’exercera sur les autorités néerlandaises pour régler ce problème. Tâche difficile aux Pays-Bas comme ailleurs. «La violence dans le football est un monstre à plusieurs têtes qu’il n’est pas facile d’éradiquer», écrivait en avril la ministre néerlandaise de la Justice, Dilan Yesilgoz, dans une lettre adressée au Parlement.

Elle réagissait à l’agression du milieu de terrain de l’Ajax Amsterdam Davy Klaassen, blessé à la tête par un briquet jeté des tribunes par un supporter de Feyenoord. La ministre avait estimé qu’avec cette attaque, on «touchait le fond» et avait ordonné l’ouverture d’une enquête. Mais l’agression contre Klaassen est loin d’être un acte isolé, ce qui a soulevé des questions sur les raisons de ces violences et les moyens de les combattre.

Interdit de stade durant 40 ans

Dimanche encore, un arbitre a dû interrompre un match de première division entre l’Ajax et le FC Groningue lorsque un supporter est entré sur le terrain alors que des fumigènes partaient des tribunes. Début mai, plus de 150 supporters avaient été interpellés après avoir scandé des slogans antisémites lors du match entre l’AZ Alkmaar et l’Ajax. En février, un supporter du PSV Eindhoven âgé de 20 ans a été interdit de stade pendant 40 ans pour avoir attaqué le gardien serbe de Séville, Marko Dmitrovic.

Plusieurs autres matches impliquant des équipes de première division néerlandaise comme le FC Utrecht, le FC Twente, les Go Ahead Eagles, le RKC Waalwijk ou le Sparta Rotterdam ont dû être annulés pour cause de hooliganisme.

Dilan Yesilgoz, dans sa lettre au Parlement, a également déclaré que le gouvernement envisageait de renforcer les mesures anti-hooligans, notamment l’interdiction de l’alcool, l’attribution de places assises à l’avance et des poursuites pénales plus sévères.

Le nombre d’interdictions de stade à l’encontre de supporters au cours de la saison dernière, après la réouverture des stades après la pandémie de Covid, a été «deux fois plus élevé qu’au cours de la dernière décennie», a encore dit la ministre de la Justice.

Une violence plus intense

Les experts qui se sont penchés sur le problème avancent un certain nombre de facteurs, à commencer par la frustration accumulée par les fans sevrés de matches lors des confinements liés au Covid.

Jan Brouwer, professeur de droit spécialisé dans l’étude de la violence liée au football à l’université de Groningue, a, lui, noté que «la violence liée au football devient plus intense».

«Beaucoup d’anciens supporters qui en avaient assez sont partis, et beaucoup de jeunes sont arrivés», a-t-il analysé pour la chaîne publique NOS. «Une sorte d’anarchie s’est installée après avoir interdit l’accès aux stades (pendant la pandémie).»

Étudier le modèle anglais

Selon la ministre de la Justice, les Pays-Bas vont se tourner vers la Grande-Bretagne afin d’étudier le «modèle anglais», dont la lutte contre le hooliganisme a eu des effets positifs spectaculaires.

Dans les années 1980, les clubs de football anglais avaient été bannis des compétitions européennes pendant cinq ans après la mort de 39 personnes lors de la finale de Coupe d’Europe des clubs champions entre Liverpool et la Juventus au stade du Heysel, à Bruxelles. Le modèle britannique s’appuie sur le droit pénal pour sévir, ainsi que sur de longues interdictions de stade.

Parmi les hooligans sanctionnés, l’agresseur de Klaassen a écopé de 60 heures de travail d’intérêt général, celui de Dmitrovic de deux mois de prison ferme.

(AFP)

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