Assassinat de Marie: «Le IIIe Reich éliminait sur l'avis de trois experts»
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Assassinat de Marie«Le IIIe Reich éliminait sur l'avis de trois experts»

L'audience en appel de Claude D. au Tribunal cantonal vaudois a débuté jeudi matin. La requête de la défense d'auditionner un thérapeute a été refusée. Plaidoirie et réquisitoire.

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Christian Humbert/fnt
Coupable d'avoir tué Marie, à Payerne, en mai 2013, Claude D avait été condamné à l'internement à vie en mars 2016. Il avait déjà été condamné une première fois en 2000 pour avoir violé et tué son amie.

Coupable d'avoir tué Marie, à Payerne, en mai 2013, Claude D avait été condamné à l'internement à vie en mars 2016. Il avait déjà été condamné une première fois en 2000 pour avoir violé et tué son amie.

photo: Keystone

La défense de Claude D a poursuivi cet après-midi son combat contre l'internement à vie et soutenu le meurtre, dans sa plaidoirie. «L'internement à vie est incompatible avec la dignité humaine. Le troisième Reich éliminait les incurables, mais sur l'avis de trois experts,» s'est exclamé Me Parein.

Le procureur général Eric Cottier a confirmé pour sa part, dans son réquisitoire, qu'il allait requérir la prison à perpétuité et l'internement à vie. Pour le magistrat, Marie était la propriété de Claude D., qui ne supportait pas qu'elle prenne ses distances. «Il a décidé de la tuer dès le début d'un long huis-clos terrifiant de huit heures, après l'avoir kidnappée en mai 2013. Puis il l'a étranglée, à califourchon sur elle.»

Jeudi matin, Claude D. s'est exprimé devant la présidente du Tribunal cantonal. «J'ai tué deux fois, c'est deux fois de trop. Mais dire que je suis irrécupérable à vie, c'est choquant. Quelles convictions peut-on avoir?» Claude D. a la parole. Il ne la lâche plus malgré les remarques de la présidente qui répète que tout est déjà au dossier. Le condamné insiste pour dire qu'il n'y avait pas de préméditation ni de menaces dans les 1500 messages WhatsApp échangés avec Marie.

Claude D. soutient qu'il ne savait pas que Marie travaillait quand il s'est rendu au golf de Payerne, en mai 2013. Il critique les experts et reprend un ton professoral à l'égard de la Cour.

Il entend reprendre point par point un dossier qu'il connaît par coeur. La Cour commence à se faire dépasser, comme lors de la première audience au Tribunal criminel du Nord vaudois, en mars dernier.

Il explique aux juges cantonaux qu'il voulait aider Marie à sortir de la prostitution. «Je me sentais trahi lorsqu'elle faisait la connaissance d'un nouveau client. J'aurais aussi tué un ami s'il m'avait trahi.»

Quant à la requête de la défense de faire auditionner un thérapeute, il s'agissait pour les avocats, Me Parein et Hayat, de convaincre la Cour de faire entendre le professeur Bruno Gravier, chef du service de psychiatrie en milieu pénitentiaire, et surtout thérapeute de Claude D. Ils considèrent que l'évolution psychique de leur client ne s'est pas arrêtée au moment de la mort de Marie, étranglée par Claude D., un récidiviste.

«L'internement à vie, c'est figer la situation»

«Tout est possible, y compris de recueillir de nouvelles preuves et d'accepter d'entendre le professeur Gravier. Car l'internement à vie, c'est figer la situation, c'est dire qu'aucun traitement n'est possible», a argumenté Me Parein. Me Hayat, elle, a rappelé le pouvoir d'appréciation des juges face aux conclusions des experts psychiatriques.

Tant l'avocat de la partie civile, Me Barillon, assis à côté des parents de Marie, que le Ministère public rejettent fermement la requête d'entendre le thérapeute de Claude D, Bruno Gravier, nonobstant ses compétences.

Le procureur général rappelle qu'il y a eu déjà deux expertises psychiatriques bien complètes et fondées sur le cas Claude D. Et qu'il y a une différence d'appréciation entre le thérapeute d'un patient et un expert indépendant.

Et le procureur général Eric Cottier de rétorquer: «Le 10 mai 2013, Claude D. était chez son thérapeute à Fribourg. Tout se passait bien. Trois jours plus tard, il tuait Marie

Après une suspension d'audience de trente minutes ce matin, la présidente du tribunal et les deux juges assesseurs ont rejeté cette demande, car les faits ne sont «pas pertinents».

Pour mémoire, le Tribunal de la Broye avait condamné en mars 2016 Claude D. à la prison à perpétuité et à l'internement à vie. Il le reconnaît coupable d'avoir assassiné Marie en mai 2013, après l'avoir enlevée près de Payerne (VD). Il est considéré comme non accessible durablement à un traitement.

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