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Votations cantonalesLe Jura bernois fait capoter le nouveau canton

Le projet de créer un nouveau canton formé du Jura et du Jura bernois est abandonné. Le Jura bernois a rejeté dimanche par 71,85% des voix l'idée de poursuivre ce processus.

Le non l'a emporté par 18'769 voix (71,85%) contre 7352 oui (28,15%). La participation a atteint 72,5% avec un taux de 97,1% à Rebévelier. Seule la commune de Moutier a souhaité poursuivre le processus pouvant mener à un nouveau canton, par 55,4% des votants. Chez sa voisine, Belprahon, c'est l'égalité des voix. Dans la plupart des communes, le non s'affiche entre 70 et 80%. Avec une pointe à Elay, dans le district de Moutier, où le non plafonne à 97,56%.

Dans le district de Courtelary, le non l'a emporté par 79,56%. A La Neuveville, le front du refus s'inscrit à 77,1% des votants. Sans surprise, c'est dans le district de Moutier que le non est le plus faible avec 63,1%. L'annonce des résultats a été accueillie par des applaudissements à la préfecture de Courtelary où les personnalités politiques pro-bernoises avaient convergé. Le bâtiment était d'ailleurs placé sous haute surveillance. Une dizaine de policiers en gardaient l'accès et la presse devait se soumettre au détecteur de métal. L'ampleur du non aura surpris plus d'un militant pro-bernois.

Attachement à Berne

Après les plébisctes des années 70, la majorité des Jurassiens bernois ont exprimé à nouveau leur volonté de rester au sein du canton de Berne. Les membres du gouvernement bernois présents à Courtelary ont a plusieurs reprises prononcé le mot «historique».«Le Conseil-exécutif bernois salue ce résultat et remercie les citoyens d'avoir manifesté clairement leur volonté», a déclaré à Courtelary le président du gouvernement bernois Christoph Neuhaus.

«Le Jura bernois dans sa majorité se sent bien dans le canton de Berne», a estimé le conseiller d'Etat. Son collègue Philippe Perrenoud a souligné que le canton de Berne prenait connaissance de ces résultats sans triomphalisme ni esprit revanchard.

Place de Moutier

«Moutier a sa place dans le canton de Berne et doit participer à son essor», a expliqué M. Neuhaus en revenant sur le oui du chef-lieu. La cité prévôtoise peut à présent décider si elle entend rejoindre seule le canton du Jura par le biais du vote communaliste. Le gouvernement a appelé les communes susceptibles d'entreprendre cette démarche de prendre le temps de la réflexion.

Dans les deux ans, une commune du Jura bernois peut lancer une procédure pour demander son rattachement au canton du Jura. Il appartient aux deux cantons et à la Confédération réunis au sein de la Conférence tripartite de définir le déroulement du vote communaliste. Seule certitude, c'est la commune qui adresse une demande au gouvernement bernois qui en discute avec son homologue jurassien avant de transmettre le dossier au Grand Conseil.

Le conseiller d'Etat Philippe Perrenoud espère que le climat de confiance entre les cantons de Berne et du Jura va se poursuivre. «Avec ce oui, le canton de Berne peut continuer de profiter de l'enrichissement de deux cultures», a relevé le conseiller d'Etat Bernhard Pulver. Pour l'élu Vert, ce résultat confirme le rôle de pont entre Suisse romande et Suisse alémanique du canton de Berne.

Soulagement

«C'est mieux que ce que l'on pouvait attendre», a déclaré Marc-André Houmard, figure emblématique de mouvement antiséparatiste, commentant les premiers résultats. «On a gagné», a-t-il déclaré en tapant sur l'épaule du conseiller d'Etat bernois Christoph Neuhaus. «L'essentiel est que le résultat soit clair», a ajouté M. Houmard.

«Ce vote confirme toutes les votations antérieures», a analysé l'ancien conseiller national Jean-Pierre Graber et co-président du comité «Notre Jura bernois». Pour lui, l'aspect identitaire a joué un rôle déterminant dans le refus de la majorité de la population de lancer un processus qui pouvait mener à la création d'une nouvelle entité. (ats)

Appel à renoncer au vote communaliste

Pour Notre Jura bernois, «l'histoire a parlé».

Le mouvement favorable au maintien du Jura bernois dans le canton de Berne en appelle à renoncer au vote communaliste.

L'ampleur du rejet ainsi que le taux de participation élevé donnent «une légitimité toute particulière à la volonté de la majorité de la population du Jura bernois», souligne le groupement antiséparatiste dans son communiqué. Il en appelle ses adversaires à reconnaître «sans ambiguïté» le verdict des urnes.

Tout en reconnaissant les droits démocratiques des communes à faire usage du vote communaliste, Moutier en particulier, Notre Jura bernois appelle leurs citoyens «à ne pas faire usage de ce droit et à forger avec l'ensemble du Jura bernois un avenir à la hauteur des aspirations de sa population».

Pour le comité coprésidé par l'ancien conseiller national Jean-Pierre Graber, il s'agit désormais d'oeuvrer à l'amélioration du statut du Jura bernois au sein du canton de Berne. Dans le même temps, il entend développer ses collaborations avec ses partenaires naturels de l'Arc jurassien, «dans un esprit d'ouverture et de rationalité».

Du Congrès de Vienne à la votation du 24 novembre

La Question jurassienne franchit dimanche une nouvelle étape avec la votation sur l'avenir institutionnel du Jura et du Jura bernois. Mais le conflit jurassien a déjà marqué des décennies de l'histoire suisse. Rappel des faits en cliquant ici.

L'AIJ se félicite de la très forte participation

Réuni dimanche à Moutier (BE), le bureau de l'Assemblée interjurassienne (AIJ) a «pris acte avec satisfaction de la très forte participation» au scrutin interjurassien. Il rappelle que le processus va se poursuivre, conformément à la déclaration d'intention des gouvernements bernois et jurassien. «Une telle participation renforce de manière évidente la qualité politique du processus», insiste l'AIJ dans son communiqué. «De ce point de vue, l'objectif est pleinement atteint».

Pour l'AIJ, la forte participation témoigne du bien-fondé du processus et justifie ses travaux. Elle constitue par ailleurs «une leçon de démocratie et une victoire pour la région jurassienne». L'AIJ discutera du scrutin et de ses résultats lors de sa prochaine séance plénière début décembre. «Le résultat est clair», précise-t-elle, mais «le processus se poursuivra» via la possibilité du vote communaliste.

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