Le Kenya en proie à la violence
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Le Kenya en proie à la violence

Au moins 185 personnes ont été tuées au Kenya dans les violences liées à la réélection contestée du président Mwai Kibaki. Le résultat a été rejeté par son adversaire Raila Odinga, qui a appelé à un grand rassemblement jeudi.

Ces violences à caractère politique, qui ont éclaté jeudi dernier, sont les pires dans le pays depuis une tentative de coup d'Etat avortée en 1982. Elles ont redoublé depuis l'annonce du résultat dimanche.

La violence met principalement aux prises l'ethnie des Luos, qui soutient Ralia Odinga, à la communauté Kikuyu, la plus nombreuse du pays, dont le président Kibaki est issu.

Tués à la machette

Lundi, huit personnes ont été tuées lors d'émeutes à Korogocho, un des bidonvilles de Nairobi, alors que cinq autres victimes ont été recensées à Nakuru (centre) et Molo (ouest). Depuis le 27 décembre, au moins 185 personnes ont été tuées au Kenya en relation avec les élections, selon l'AFP.

A Mombasa, deuxième ville du pays épargnée jusque là par les violences, neuf personnes ont été tuées lundi à coups de machette, lors d'affrontements entre groupes rivaux, selon la police.

A Kisumu (ouest), fief de M. Odinga, les corps de 46 personnes, avec des blessures par balles, se trouvaient lundi matin à la morgue de l'hôpital. Un couvre-feu a été imposé dans cette ville et la police «a reçu l'ordre d'abattre» ceux qui ne le respecterait pas.

A Eldoret (nord-ouest), 24 personnes ont été tuées depuis samedi soir, selon une source hospitalière.

Fermeté

Dans la capitale, dont le centre était déserté, de nouvelles émeutes ont éclaté lundi dans le bidonville de Kibera. Les forces de l'ordre étaient positionnées pour empêcher des émeutiers de gagner le centre de Nairobi, à sept kilomètres de là.

Dans un communiqué de voeux de fin d'année, le président réélu a affiché lundi sa détermination à enrayer les violences: «Mon gouvernement traitera avec fermeté ceux qui fragilisent la paix, en augmentant la sécurité à travers le pays», a déclaré M. Kibaki.

M. Odinga l'avait accusé dimanche soir d'avoir fraudé sur au moins 300 000 voix. L'écart entre les deux candidats est de 231 728 voix, selon les résultats officiels. Le camp de M.Kibaki a démenti toute fraude.

Félicitations retirées

M. Odinga a pour sa part appelé lundi les Kényans à une «action de masse pacifique» le 3 janvier alors que la police a interdit un rassemblement initialement prévu dans l'après-midi à Nairobi, menaçant d'arrestation M. Odinga s'il avait lieu.

Le déroulement de ces élections a suscité de vives critiques internationales. Faisant écho au critiques européennes, la Maison Blanche qui avait dans un premier temps félicité dimanche M. Kikabi pour sa réélection, s'est déclarée lundi «très inquiète» du déroulement du scrutin, allant jusqu'à retirer ses félicitations au président Mwai Kibaki.

A Bruxelles, la Commission européenne a condamné les violences au Kenya, appelant les deux camps à coopérer, au vu du résultat très serré des votes.

Les affrontements du week-end ont causé des difficultés d'approvisionnement en nourriture. A Mombasa, des scènes de pillages de magasins d'alimentation ont été rapportées. (ats)

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