Allemagne: Le long chemin vers l'emploi des réfugiés
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AllemagneLe long chemin vers l'emploi des réfugiés

Pour de nombreux migrants, l'obstacle majeur pour trouver un travail reste les qualifications professionnelles.

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12.08 La «Jungle» de Calais, où affluent régulièrement des migrants espérant passer en Angleterre, accueille aujourd'hui plus de 9000 personnes, soit 2000 de plus qu'en juillet.

12.08 La «Jungle» de Calais, où affluent régulièrement des migrants espérant passer en Angleterre, accueille aujourd'hui plus de 9000 personnes, soit 2000 de plus qu'en juillet.

AFP/Philippe Huguen
Parmi ces 9106 personnes recensées dans les différentes zones du bidonville par les associations l'Auberge des Migrants et Help Refugees, on compte 865 mineurs, dont 676 non accompagnés, ont précisé vendredi deux ONG actives dans le bidonville.

Parmi ces 9106 personnes recensées dans les différentes zones du bidonville par les associations l'Auberge des Migrants et Help Refugees, on compte 865 mineurs, dont 676 non accompagnés, ont précisé vendredi deux ONG actives dans le bidonville.

AFP/Philippe Huguen
24.07.2016 L'île grecque de Lesbos se trouve vidée de ses touristes alors que plus de 800'000 réfugiés sont passés par là en 2015.

24.07.2016 L'île grecque de Lesbos se trouve vidée de ses touristes alors que plus de 800'000 réfugiés sont passés par là en 2015.

AFP/Louisa Gouliamaki

L'équation est apparemment parfaite: des centaines de milliers d'emplois vacants en Allemagne et 1,5 million de réfugiés arrivés depuis 2012. Mais l'indispensable qualification professionnelle constitue un obstacle de taille pour un public peu familier du système éducatif allemand.

En raison d'une population vieillissante, la pénurie de main-d'oeuvre est un des gros défis de l'économie du pays. A moyen terme, les migrants arrivés en nombre pourraient y pallier, en s'engouffrant dans les milliers de places vacantes d'apprentissage.

Mais «les réfugiés ne connaissent pas le système d'apprentissage en alternance», déplore Meike Al-Habash, responsable de formation professionnelle à la chambre de commerce et d'industrie de Berlin. Or, il s'agit de la principale voie d'entrée dans la vie active, plébiscitée par la quasi-totalité des employeurs allemands, des boulangeries aux multinationales.

Alors que le débat national sur l'intégration enfle, jetant une ombre sur la politique de la main tendue de la chancelière Angela Merkel, chambres de commerce et agences pour l'emploi multiplient les initiatives visant à sensibiliser les réfugiés en âge de travailler à l'impératif d'une qualification, sur un marché du travail très regardant sur la formation et les diplômes.

Enormes dettes

Mais «dans de nombreux cas», les migrants ont «d'autres priorités» que de se former, regrette Jürgen Wursthorn, porte-parole de l'Agence fédérale pour l'emploi à Nuremberg au sud du pays. «Il n'est pas rare que les jeunes arrivent en s'imaginant gagner rapidement de l'argent pour l'envoyer à leur famille. Sans parler de ceux qui doivent rembourser des dettes colossales aux passeurs», explique-t-il.

Ceux-ci choisissent souvent un métier non qualifié qui leur assurera une source immédiate de revenu, plutôt que de s'engager dans un apprentissage, contraignant et faiblement rémunéré.

«Ceux qui optent pour cette solution de facilité se leurrent», martèle Conrad Skerutsch, directeur de l'organisme public FRAP de développement du marché du travail à Francfort. «Seuls 5 à 10% des demandeurs d'asile» ont un niveau de formation suffisant pour s'insérer sur le marché du travail dans l'année qui suit leur arrivée en Allemagne, estime-t-il.

Long chemin

Et pour les jeunes réfugiés, souvent «extrêmement motivés» qui relèvent le défi du sacro-saint apprentissage en entreprise, en alternance avec des cours théoriques, le chemin est semé d'embûches, pointe M. Wursthorn.

«Environ 50% de nos réfugiés en apprentissage abandonnent leur formation en cours de route», indique Rudolf Baier, porte-parole de la chambre de l'artisanat (HWK) de Munich, qui chapeaute quelque 23'000 apprentis en alternance, dont près de 500 jeunes demandeurs d'asile.

Ce taux d'échec reste deux fois plus élevé que la moyenne. Mais il est en net recul, depuis que la HWK a créé en septembre deux postes d'accompagnateurs et des cours spécifiques pour soutenir les jeunes migrants au long de leur cursus.

Le défi de la langue

Principal obstacle à leur réussite: «la langue, la langue, la langue», martèle Rudolf Baier. Selon lui, «pour beaucoup d'entre eux, les examens écrits sont trop difficiles» à cause de leur maîtrise insuffisante de l'allemand.

Mais l'artisanat bavarois a actuellement 5500 postes d'apprentis non pourvus. Et «les réfugiés pourraient combler ce manque», estime-t-il.

Cinq ans d'efforts

La situation est plus compliquée pour les migrants plus âgés. Malgré leur expérience professionnelle antérieure, nombre d'entre eux «n'ont aucune qualification, aucun certificat», relève Achim Dercks, directeur adjoint de la Fédération des chambres de commerce et d'industrie (DIHK). Ils courent le risque de se retrouver au chômage, comme 20% des actifs sans qualification en Allemagne.

Plusieurs solutions sont envisagées pour eux, notamment l'apprentissage à temps partiel, un cadre déjà prévu pour les jeunes mères, ou des stages plus souples, avec un certificat à la clé.

«Tout est encore en phase de test», résume Achim Dercks. Il conclut que «dans le meilleur des cas, au minimum 5 ans» d'efforts attendent les réfugiés pour réussir leur insertion professionnelle. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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