Italie: Le M5S, ovni politique à l'assaut de l'Italie
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ItalieLe M5S, ovni politique à l'assaut de l'Italie

Le Mouvement cinq étoiles s'est imposé dimanche comme 2e force du pays.

Virginia Raggi, la nouvelle maire populiste de Rome, issue du Mouvement 5 Etoiles, le 6 juin 2016 à Rome (Italie).

Virginia Raggi, la nouvelle maire populiste de Rome, issue du Mouvement 5 Etoiles, le 6 juin 2016 à Rome (Italie).

photo: Keystone

Le Mouvement 5 Etoiles (M5S), lancé par l'humoriste italien Beppe Grillo pour en finir avec la classe politique traditionnelle, est aujourd'hui la deuxième force politique du pays et la première à Rome et à Turin, où ses candidates ont été élues maires dimanche.

Crinière blanche et harangues furieuses contre «le système», Beppe Grillo a commencé par organiser en 2007 des manifestations massives contre la classe politique intitulées «Vaffanculo Day» (Journée du «va te faire foutre»).

Le M5S est né en 2009 de ce ras-le-bol général, quand le blog de Beppe Grillo s'est mué, sous l'impulsion du co-fondateur Gianroberto Casaleggio -- considéré jusqu'à sa mort en avril comme le «gourou» du mouvement --, en un espace de démocratie participative directe, où les militants sont invités à se prononcer sur les orientations politiques et à choisir les candidats.

Victoires

Ce dimanche a marqué une nouvelle avancée officielle du M5S dans le paysage politique italien. Virginia Raggi, la candidate populiste du Mouvement 5 Etoiles, a été triomphalement élue maire de Rome --une première pour une femme-- en infligeant un véritable camouflet au Parti démocrate (PD) du chef du gouvernement Matteo Renzi. Les résultats partiels, après dépouillement dans 80% des bureaux de vote, accordent à cette avocate de 37 ans 67,2% des voix selon des résultats quasi-définitifs, loin devant Roberto Giachetti, le candidat du PD (centre-gauche).

A Turin (nord-ouest), une autre novice du MS5, Chiara Appendino, 31 ans, a détrôné avec 54% l'expérimenté maire sortant Piero Fassino, une figure du PD, qui a dénoncé l'appel de la Ligue du Nord de Matteo Salvini, allié du Front national français, à voter pour les deux candidates du M5S afin de battre M. Renzi.

Milan et Bologne fidèles

En revanche à Milan (nord), la capitale économique du pays, le candidat du PD Giuseppe Sala, ancien commissaire de l'Exposition universelle, l'a emporté avec 51,7% des voix.

Le parti de Matteo Renzi se maintenait aussi à Bologne (centre), un fief historique de la gauche, mais n'était même pas au second tour à Naples (sud-ouest), où le maire sortant Luigi De Magistris, homme de gauche atypique et ennemi juré de M. Renzi, a été largement réélu.

Pour ces élections partielles, qui concernaient près de 9 millions d'électeurs dans un peu plus d'une centaine de villes, la participation, déjà en berne au premier tour, a accusé un nouveau coup, à Rome comme ailleurs, dépassant à peine les 50% selon le ministère de l'Intérieur.

Anti-establishment

La philosophie du Mouvement 5 Etoiles est claire. Il s'appuie d'abord sur le rejet des partis politiques classiques et sur l'honnêteté de ses membres. Sur le plan national, les mesures de son programme sont très variées: mise en place d'un revenu minimum, référendum pour sortir de la zone euro, mesures strictes contre la corruption, mesures de relance pour les petites et moyennes entreprises, limitation des mandats électoraux, réduction des salaires des hommes politiques et des financements aux partis et à la presse, internet gratuit pour tous...

S'il s'appuie sur le rejet massif des partis traditionnels comme Podemos en Espagne ou Siriza en Grèce, le M5S est loin d'être aussi à gauche.

En 2014, Beppe Grillo a ainsi réclamé un «tour de vis» sur les visas humanitaires et en début d'année, le M5S a renoncé à la dernière minute à soutenir l'union civile pour les gays -- que les militants avaient pourtant validée à 80% -- pour éviter, selon les observateurs, de s'aliéner les voix de la droite aux municipales et d'offrir une victoire politique au gouvernement.

Débuts fracassants

Le M5S a fait des débuts fracassants en remportant environ 25% des voix aux législatives de février 2013 et depuis, les multiples scrutins locaux partiels ont confirmé que le mouvement s'était implanté dans le paysage politique. Et depuis dimanche, il compte désormais la capitale italienne dans son escarcelle, après l'élection, avec plus de 60% des voix, selon des sondages sortie des urnes, de sa candidate Virginia Raggi au poste de maire. A 37 ans, cette avocate devient la première femme à la tête de la ville éternelle.

Dans les sondages nationaux, le M5S reste la deuxième force politique en Italie derrière le Parti démocrate (PD, centre-gauche) du chef du gouvernement Matteo Renzi. Mais il semble plafonner et peine parfois à recruter: il n'a présenté de candidats que dans 18% des 1.368 communes concernées par les municipales du 5 juin.

«Grillini»

Les «Grillini», novices en politique, ont du mal à faire entendre leur voix au Parlement, d'autant que le mouvement refuse toute alliance et leur a aussi longtemps interdit de fréquenter les médias traditionnels, à commencer par les multiples émissions politiques à la télévision.

Les élus locaux sont de plus liés par un code de bonne conduite qui les oblige à demander l'autorisation au «staff» du mouvement à chaque décision importante.

Et des enquêtes judiciaires contre les maires des deux principales villes déjà dirigées par le M5S, Parme et Livourne, sont venues ternir leur image de chevaliers blancs.

Trouble

Le bouillonnant comique s'est encore fait remarquer il y a un mois avec une blague de mauvais goût sur le nouveau maire musulman de Londres.

Même s'il a officiellement pris un peu de distances avec la politique, il reste le garant et juge suprême du mouvement, décrétant à sa guise les expulsions à travers son blog.

Son dauphin pressenti, Luigi Di Maio, est en revanche un jeune Napolitain de 30 ans au physique de gendre idéal qui ne cache pas son ambition de prendre rapidement la place de Matteo Renzi. (nxp/afp)

(NewsXpress)

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