Tennis: Le Maître et l'élève: quand Federer coachait Zverev
Actualisé

TennisLe Maître et l'élève: quand Federer coachait Zverev

Deux fois cette année, Roger Federer a joué les précepteurs pour Alexander Zverev. A-t-il gardé une dernière leçon pour cet après-midi (15h)?

par
Mathieu Aeschmann
Londres
A la dernière Laver Cup, Alexander Zverev, le regard vide, ne semblait pas prêter attention aux conseils de Björn Borg (à g.) et de Roger Federer.

A la dernière Laver Cup, Alexander Zverev, le regard vide, ne semblait pas prêter attention aux conseils de Björn Borg (à g.) et de Roger Federer.

AFP

Roger Federer et Alexander Zverev ont déjà une longue histoire commune. Le Bâlois connaissait «Sascha» bien avant le grand monde, lorsqu'il n'était qu'un pré-ado impatient qui se baladait autour des entraînements de son grand frère Mischa.

Puis «RF» a couvé du regard l'arrivée du prodige sur la grande scène. Il a remporté leur premier duel (Rome 2016), perdu le suivant (Halle 2016). Et même s'ils sont devenus adversaires directs pour les plus grands titres, l'aîné continue de distribuer ses conseils au gamin. Comme si rien n'avait changé. Ou presque.

Tout à l'heure, Roger Federer et Sascha Zverev joueront donc une place en finale du Masters. Et il y a fort à parier qu'avant même d'entrer sur le court, le Suisse possède un petit avantage: il incarne l'autorité. Vous en doutez? À deux reprises cette saison, «RF» a démontré son emprise sur le cadet des Zverev.

L'épisode de Melbourne

Le premier épisode nous emmène sous le soleil de Melbourne. Nous sommes le samedi 20 janvier et Sascha Zverev vient de perdre au 3e tour de l'Open d'Australie contre Hyeon Chung. L'Allemand est dévasté dans les vestiaires quand «le Maître» passe par là et trouve les mots.

«Je lui ai dit d'être patient, de ne pas se mettre trop de pression. Parfois il faut prendre un pas de recul et voir tout ce que l'on a déjà accompli de bien, explique alors le Bâlois. Je lui ai rappelé que je n'avais pas gagné un quart en Grand Chelem avant 2003 (et son titre à Wimbledon). J'avais 22 ans. Il a donc encore le temps.» Peu après sa victoire face à Isner, Sascha Zverev a été interrogé sur l'impact de ces paroles réconfortantes. «C'était juste un échange lié au moment, à cette défaite difficile contre Chung, a-t-il répliqué. Les mots de Roger n'ont pas vraiment influencé mon comportement sur le court en général.»

Que dire alors de ce moment capté par les caméras de la Laver Cup en septembre dernier? Mené un set et un break par Anderson, Sascha Zverev voit soudain Roger Federer s'approcher de sa chaise pour lui servir un coaching «serré» (il l'avait déjà fait en 2017, voir la vidéo ici).

Son contenu? «Tu peux retourner depuis où Björn (Borg) te le conseille ou d'une position que tu préfères. Mais dès que l'échange s'engage, garde ton terrain et sois prêt à avancer. Arrête de reculer sans cesse. Tu sais pourquoi il ne rate pas une volée? C'est parce que tu lui laisses un mètre ou deux pour s'avancer plus près du filet. Si tu colles à la ligne de fond, il n'aura plus ce temps pour s'installer. C'est mon opinion.»

Le regard dans le vide, Sascha Zverev semble un peu saoulé par le sermon de l'ancien (voir la vidéo ci-dessous). Mais quinze minutes après ce moment d'échange rare entre deux Top 5, l'Allemand réagissait pour emmener Kevin Anderson au troisième set. La preuve, d'une part, que Roger Federer avait raison et, d'autre part, qu'il connaît parfaitement les forces, mais aussi les limites, du tennis de son cadet.

Cette réalité et le souvenir de ces deux épisodes peuvent-ils avoir une influence sur la demi-finale de cet après-midi? Soyons très clairs, ce vécu commun ne va pas empêcher Sascha Zverev de claquer des premières à 230 km/h. L'Allemand a les armes pour assommer Roger Federer et il ne compte pas se priver de les utiliser. Mais si le match se durcit, qu'il devient incertain, quelque part au fond de lui, «Sascha» devra trouver la force de «tuer le précepteur».

Or, quand ce dernier s'appelle Roger Federer, il devient compliqué de passer à l'acte.

Ton opinion