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Puces genevoisesLe «Manet» des puces exposé

Achetée 15 fr. au marché aux puces, la toile serait l'oeuvre du maître impressionniste français. Le tableau est visible dès mercredi.

par
Shahïn Ammane

«Le téléphone sonne. Des collectionneurs, des galeries et des musées veulent acheter notre tableau... Les télévisions m'invitent: TF1, ABC, CNN. C'est la gloire!» Les premières lignes du récit de Jules Petroz détaillent le rêve de cet historien de l'art à qui le destin a souri.

Ce samedi 8 avril 1997, au marché aux puces de Plainpalais, il chine avec son épouse, Aïcha. Un pastel attire son attention. Il s'agit d'un portrait, terne et banal, représentant une servante. Il semble, cependant, couvrir une peinture à l'huile plus colorée. Jules Petroz paie 15 fr. cette «croûte» et rentre chez lui «gratter le Tac O Tac».

Et là, c'est la révélation. Une femme au sein dénudé et à la chevelure rousse l'observe. L'oeil avisé du spécialiste brocanteur décèle un toucher, des teintes, des détails dans la mise en scène qui ne trompent pas. Un noir si distinctif, une technique à nulle autre pareille, c'est la patte d'Edouard Manet. Le peintre impressionniste du XIXe aurait immortalisé sa maîtresse d'alors, Méry Laurent.

Son propriétaire l'exposera dès mercredi au Salon du livre. Dans son livre, qu'il dédicacera, il raconte comment il a parcouru le monde impitoyable de l'art à la recherche de preuves et de témoignages accréditant sa thèse. Et les difficultés pour se faire une place au soleil parmi les marchands d'art peu scrupuleux lorsqu'on est un petit brocanteur genevois.

Son rêve reste ainsi toujours suspendu à l'expertise qui consacrerait l'oeuvre (lire l'Info-Box). «Si le tableau est authentifié, il pourrait valoir autour des 20 millions de francs», estime Jules Petroz.

Une oeuvre à authentifier

La toile de Jules Petroz n’est répertoriée dans aucun catalogue relatif à l’oeuvre d’Edouard Manet. La fondation Wildenstein, et, par extension, la famille du même nom, est la seule qui peut officiellement authentifier cette œuvre de l’artiste et l’incorporer ainsi dans la liste de ses créations.

La valeur de la peinture reste donc suspendue au bon vouloir du dernier descendant de cette famille de collectionneurs, Guy Wildenstein. Ce dernier vit actuellement à New York, d’où il gère la fondation parisienne.

Cachée le reste du temps dans le coffre d’une banque genevoise, la belle rousse va donc faire les yeux doux aux curieux du Salon, dès mercredi et pour la première fois, avant de replonger dans le noir.

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