Actualisé 29.03.2017 à 08:12

Vaud

Le manque d'infos profite aux thérapeutes pervers

Des guérisseurs et masseurs pervers déjà condamnés exercent toujours et des assurances les remboursent parfois. Explications et réactions.

de
Frédéric Nejad Toulami
Selon Pierre-Yves Maillard, l'Etat ne contrôle pas les guérisseurs.

Selon Pierre-Yves Maillard, l'Etat ne contrôle pas les guérisseurs.

Keystone

Depuis le début de l'année, trois thérapeutes alternatifs ont déjà été condamnés par la justice vaudoise. Et d'autres affaires similaires vont bientôt occuper les tribunaux («20 minutes» du 3 mars). Certains ont beau être récidivistes, des caisses complémentaires d'assurances maladie proposent pourtant de les rembourser.

«Pour ne pas donner une sorte de vernis d'officialité à ces individus récidivistes, les assureurs complémentaires et les associations de praticiens devraient exclure de leurs contrats les personnes dangereuses, préconise Pierre-Yves Maillard. Le conseiller d'Etat vaudois responsable de la santé publique rappelle aussi que «ces milliers de thérapeutes dits «alternatifs» sortent du périmètre professionnel soignant sous le contrôle de l'Etat. Nous pouvons interdire le droit de pratiquer à un médecin, un dentiste ou une infirmière, car l'Etat se porte garant d'eux, en vérifiant leur formation et en leur décernant un titre, gage de confiance.» Pour faire simple, n'importe qui peut prétendre être guérisseur.

Pour les professions non régulées, seule la justice pénale peut protéger la société contre des récidivistes. «En revanche, si des médecins dirigent de manière légère des patientes vers des individus peu recommandables, eux peuvent faire l'objet de poursuites de notre part», explique Pierre-Yves Maillard.

«Aux associations alternatives d'exiger un casier judiciaire»

Les cas où le ministère public peut ou doit informer des autorités sont «limitativement et restrictivement énumérés par la loi», explique le procureur général Eric Cottier. Celle-ci ne prévoit pas un échange d'informations avec une fondation comme l'ASCA (Fondation suisse pour les médecines complémentaires). «A elle d'avoir des règles internes exigeant que ses membres produisent régulièrement des extraits de casier judiciaire». Quant à l'Etat, il ne peut pas édicter des lois pour régir tous les domaines d'activité à risque.

Opacité dénoncée

Pour se faire rembourser, les thérapeutes alternatifs doivent valider leur formation par deux associations professionnelles, précise Yves Seydoux, porte-parole du Groupe Mutuel: «Quant à la justice, si elle ne peut les empêcher de pratiquer sur le long terme, que pouvons-vous faire, surtout si nous ne sommes pas tenus au courant des condamnations?» Il pointe aussi la responsabilité du Conseil de santé vaudois, ce que conteste Pierre-Yves Maillard.

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