Le manque de pilotes affecte la sécurité des vols

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Le manque de pilotes affecte la sécurité des vols

Bruxelles - Le transport aérien souffre d'une pénurie de pilotes et ce phénomène relativement récent, résultat d'une forte croissance du trafic, commence à peser sur la sécurité des vols, avertissent les analystes.

Le 7 mars, un Boeing 737 de la Garuda Indonesia a raté son atterrissage à Djakarta: touchant le sol à une vitesse beaucoup trop élevée, l'avion a fini sa course dans un champ de riz et a pris feu, provoquant la mort de 21 personnes. Selon les conclusions initiales de l'enquête, un malentendu entre le commandant de bord et son copilote débutant pourrait avoir contribué à l'accident.

De l'avis des experts, de telles erreurs, si elles sont avérées, sont le signe que la sécurité des vols commence à pâtir d'une pénurie de pilotes expérimentés dans le monde. «Même si tous les pilotes de ligne sont formés selon les mêmes normes (...) il y a certaines choses qui ne s'acquièrent qu'avec l'expérience», souligne Patrick Smith, pilote de ligne et écrivain sur l'aviation.

Cette pénurie récente est le résultat de l'extraordinaire croissance du trafic aérien dans le Golfe arabo-persique, en Chine et en Inde, de l'essor des compagnies à bas coût en Europe et en Asie et du rétablissement des compagnies américaines après les attentats du 11 septembre 2001.

«Les pilotes sont attirés vers les compagnies en croissance rapide, par exemple aux Emirats et au Qatar, et par les compagnies à bas coût», souligne William Voss, directeur de la Fondation pour la sécurité des vols. «Résultat: des pilotes expérimentés des pays en développement d'Asie et d'Afrique partent en nombre vers des régions comme le Golfe, et (leurs pays d'origine) n'ont d'autre choix que de recruter des pilotes fraîchement sortis des écoles de pilotage.»

Les exemples de cette «fuite» des talents confirmés sont nombreux et le phénomène devrait s'intensifier avec le développement de marchés asiatiques comme la Chine et l'Inde. En Asie, les pilotes chevronnés quittent les compagnies nationales comme Garuda pour de nouvelles compagnies à bas coût qui leur offrent des salaires plus élevés.

En Belgique, la compagnie Brussels Airlines a récemment affirmé perdre en moyenne chaque mois dix commandants de bord attirés par des compagnies du Golfe, et a demandé l'intervention du gouvernement belge.

Aux Etats-Unis, les compagnies régionales recrutent des copilotes beaucoup moins expérimentés qu'il y a 15 ans. Dans certaines, comme la Northwest, la pénurie a conduit à un nombre record d'annulations de vols ces derniers mois.

Selon l'Association internationale du transport aérien, le trafic mondial devrait croître de 4% à 5% par an au cours de la prochaine décennie pour le transport de passagers. Le Golfe est la région à la croissance la plus rapide pour le trafic aérien voyageurs et marchandises: respectivement 15,4% et 16,1% en 2006.

On estime qu'à elles seules, l'Inde et la Chine auront besoin de 4.000 nouveaux pilotes par an pour répondre à la croissance de leur trafic aérien. Un chiffre à peu près équivalent au nombre de pilotes à la Lufthansa, une des plus grandes compagnies au monde. Selon les dernières données disponibles, on compte 1,2 million de pilotes dans le monde, mais seulement 14% possèdent la licence professionnelle permettant de piloter pour une compagnie aérienne.

Pour tenter de garder les pilotes expérimentés, les autorités du transport aérien de certains pays, dont les Etats-Unis, envisagent de repousser l'âge obligatoire de la retraite de 60 à 65 ans. «Cela n'a pas de sens de forcer des pilotes expérimentés, qualifiés et en bonne santé à prendre leur retraite alors que les compagnies peinent à les remplacer», souligne William Voss.

Certaines compagnies pourraient assouplir leurs critères en permettant à un copilote débutant de voler avec un commandant de bord aguerri, même si cela ajoute un surcroît de stress pour ce dernier, qui doit gérer le vol tout en surveillant la performance de son second.

«Lorsque les compagnies sont à court de pilotes, elles peuvent être tentées de leur faire voler le maximum d'heures autorisé par la réglementation», prévient par ailleurs Gideon Ewers, porte-parole de la Fédération internationale des associations de pilotes de ligne. «La fatigue peut alors devenir un facteur» de risque. (ap)

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