Affaire Delphine Jubilar – Le mari de l’infirmière disparue entendu par les juges
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Affaire Delphine JubilarLe mari de l’infirmière disparue entendu par les juges

Le principal suspect continue de clamer son innocence, alors que la police française n’a toujours pas retrouvé la trace de la femme de 33 ans disparue en décembre 2020.

Le procureur de la République Dominique Alzeari (à gauche) et le colonel Nicolas Ledet à Toulouse le 18 juin dernier, après la mise en examen de Cédric Jubillar.

Le procureur de la République Dominique Alzeari (à gauche) et le colonel Nicolas Ledet à Toulouse le 18 juin dernier, après la mise en examen de Cédric Jubillar.

AFP

Cédric Jubillar est convoqué vendredi, à Toulouse, devant ses juges: les enquêteurs le soupçonnent d’avoir tué et fait disparaître sa femme Delphine. Lui, clame son innocence depuis sa prison. Infirmière de 33 ans et mère de deux jeunes enfants, Delphine Jubillar a disparu dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020, de leur maison de Cagnac-les-Mines, un village près d’Albi, dans le Tarn. Le couple était en instance de divorce.

Sans corps, ni aveux, ni preuve irréfutable, les gendarmes de la section de recherche de Toulouse ont longtemps piétiné. Le peintre-plaquiste de 34 ans a été mis en examen pour meurtre et écroué le 18 juin, six mois après la disparition de l’infirmière, la justice estimant qu’il y avait «des indices graves et concordants» contre lui.

«Le dossier est vide»

Cédric Jubillar «se doutait qu’il allait être suspecté en tant que mari, mais il ne comprend pas l’engrenage judiciaire dans lequel il est pris. Il dit qu’il est innocent, et ne comprend pas pourquoi il est en détention», a déclaré Emmanuelle Franck, son avocate. Les défenseurs du suspect numéro 1 ont demandé trois fois sa remise en liberté, en vain. Ils dénoncent des pressions psychologiques et des «incohérences» dans le «scénario» des enquêteurs.

«Le dossier est vide. On ne nous a fourni aucun élément qui soit un début de preuve, la seule hypothèse qui est envisagée c’est sa culpabilité. Il n’y a aucun élément probant, personne ne vous dira que le dossier est accablant», déplore Me Franck.

Tensions

En juin, en annonçant la mise en examen de Cédric Jubillar, le procureur de Toulouse avait dépeint un «contexte de séparation très conflictuel» et que le peintre-plaquiste avait «de très grandes difficultés, affectives et matérielles, à accepter cette séparation».

Selon la version du mari, Delphine Jubillar est sortie de chez eux le 15 décembre vers 23h, alors que le couvre-feu était en vigueur, avec leurs deux chiens, vêtue d’une doudoune blanche et munie de son téléphone portable. Il dit s’être rendu compte de l’absence de sa femme vers 4h, réveillé par les pleurs de leur fille. Après quelques appels à des proches de sa femme, il compose le 17. Les gendarmes arrivent vers 4h50.

Un lave-linge qui tourne en pleine nuit avec une couette à l’intérieur, le téléphone portable de Cédric Jubillar éteint le soir de la disparition alors qu’il le garde habituellement allumé la nuit, des SMS indiquant qu’il avait découvert que sa femme avait un amant, des cris entendus par des voisins ont conduit les gendarmes à le soupçonner.

A l’isolement

Le couple avait des problèmes d’argent, vivait avec ses deux enfants dans une maison qui n’était pas terminée, au milieu de coquettes villas d’une zone pavillonnaire.

Dix mois après la disparition, les recherches continuent. Les enquêteurs ont perquisitionné la maison à plusieurs reprises, ont sondé lacs, rivières et puits, mené des battues dans les champs et les bois des environs de Cagnac-les-Mines, étendu les recherches dans un rayon de 15 km autour du village. La semaine dernière, des spéléologues ont même inspecté des friches industrielles datant de l’époque de l’exploitation minière.

«Le fait qu’il n’y ait ni corps, ni aveux, n’empêche pas qu’un suspect soit renvoyé devant les assises. C’est un cas de figure fréquent. La culpabilité peut être établie sur la base d’un faisceau d’indices», rappelle un magistrat. La ligne de défense a été ébranlée par des déclarations de la mère, qui a confié à la Radio 100% croire en la culpabilité de son fils, avant de se rétracter.

Les enfants, âgés de deux et six ans, ont été confiés par la justice à la sœur de l’infirmière. Dès son arrivée à la maison d’arrêt de Seysses, près de Toulouse, Jubillar a été placé à l’isolement, pour sa sécurité. Il y est toujours.

(AFP)

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