Football - Coupe du monde: Le match des cancres pour commencer
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Football - Coupe du mondeLe match des cancres pour commencer

La partie d'ouverture opposera les deux formations qualifiées les moins bien classées selon le classement FIFA. Rien pour enflammer le pays? Quoique...

par
Robin Carrel
Moscou

La Russie est «rankée» 70e nation mondiale. L'Arabie Saoudite 67e. Disons qu'il y a mieux pour lancer une Coupe du monde pourtant indécise, entre une Allemagne qui se loupe rarement, un Brésil doté cette année comme pas souvent, une Espagne énorme mais qui a tendance à se saborder et la litanie d'outsiders du genre sérieux (Uruguay, France, Angleterre, Portugal, Belgique, Argentine, Colombie et j'en passe...).

Certains médias anglo-saxons se sont même demandés s'il ne s'agissait pas du «pire match de Coupe du monde de l'histoire», juste devant le Suisse-Ukraine de 2006 (0-0, 0-3 tab). Ces gens-là ne doivent pas avoir vu Japon-Grèce il y a quatre ans, Paraguay-Japon (encore eux, 0-0) en 2010, Norvège-Brésil (en 98 en France, 1-2), RFA-Autriche (en 82 en Espagne, un 1-0 honteux), le Norvège-Irlande (de 94 aux USA, encore les Scandinaves, 0-0), pour ne citer que ceux dont je me souviens. Ils ne se sont pas projetés non plus sur le futur Mondial à 48 pays...

Le peuple russe n'étant pas le plus expansif, il a donc fallu se montrer ingénieux afin de leur tirer les vers du nez façon FSB. Il y avait forcément un peu de curiosité de la part des clients du Rolling Barrels, bar semi-britannique du coin, situé près de la station de métro d'Elektrozavodskaya, dans le Nord-Est de la capitale russe, quand un type bizarre a débarqué dans leur quartier général, muni d'un maillot de l'Arabie Saoudite version 2006... C'était moi, mais quand même, ça n'a pas éveillé d'intérêt particulier sur le moment.

Très vite, c'est le silence qui a envahi cet antre. A cause de ce si beau paletot blanc avec un palmier vert dessus? Non, juste le manque d'habitude des gens du coin de voir un étranger. Ensuite, il a fallu attendre un bon moment avant que la sagacité du barman ne finisse par prendre le dessus. Mais avec ses 20 mots d'anglais, difficile d'avoir une explication technico-tactique. Lui expliquer que le pays hôte n'a jamais perdu le match d'ouverture d'une Coupe du Monde et que les organisateurs restent sur six victoires et trois nuls a tenu de la gageure.

Il a donc fallu forcer un peu le destin et surtout attendre l'entrée dans l'endroit de deux hommes férus de whisky, donc un peu plus loquaces dans le langue de Shakespeare, pour creuser le sujet. Dmitri et Alexeï affirment d'emblée qu'on a encore rien vu, que les gens travaillaient ces jours et que l'ambiance va monter gentiment. Ils ajoutent que pour trouver de l'animation, il faut aller au Centre-Ville, parce que dans le coin, ils n'ont pas forcément les moyens de sortir tous les soirs.

Nos deux nouveaux amis en sont convaincus, jeudi va marquer un tournant à Moscou: «Les gens vont quitter le travail plus tôt, pour aller voir le match. Les restaurants vont déborder et la fan-zone va être blindée, nous dit Alexeï. Ensuite, je pense qu'on pourra se qualifier pour les 8es de finale, mais aussi parce qu'on a un groupe pas tellement compliqué. Et si on commence à gagner des matches, ça va vite être la folie, par ici». On se réjouit de voir ça.

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