Actualisé 22.12.2017 à 11:29

Equivalence boursière limitéeLe message adressé à l'UE est «anormalement clair»

La reconnaissance par l'Union européenne d'une équivalence de la Bourse suisse limitée à un an a été jugée «inacceptable» par Doris Leuthard. Un ancien diplomate explique les motivations de Bruxelles.

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Keystone/Peter Klaunzer

Monsieur Paul Widmer (encadré), l'Union européenne a décidé jeudi de reconnaître une équivalence de la Bourse suisse, mais pour une durée limitée à un an. Une décision vivement critiquée par la conseillère fédérale Doris Leuthard. Que pensez-vous de sa réaction?

En politique extérieure, il est inhabituel de s'exprimer de manière aussi limpide sur un différend.

Pourquoi la Suisse a-t-elle réagi si violemment?

Sans doute parce que la décision prise par l'UE l'a déçue. L'ambiance paraissait être au beau fixe, il y a un mois, lors de la visite à Berne de Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne. D'un point de vue extérieur, on avait l'impression que les deux parties s'entendaient. Doris Leuthard a sans doute également réagi aussi violemment parce qu'elle s'est sentie trompée. La Suisse ne s'attendait pas à une discrimination de sa place financière. Surtout après n'avoir que peu, voire pas, appliqué l'initiative contre l'immigration de masse comme le souhaitait l'UE.

Pourquoi l'Union européenne discrimine-t-elle la Bourse suisse? Quelles sont ses motivations?

La Commission européenne a expliqué qu'une équivalence boursière limitée constituait un moyen de pression supplémentaire dans les négociations sur l'accord-cadre institutionnel entre la Suisse et l'UE. (Ndlr: «La limitation est le résultat d'un manque de progrès substantiels sur l'accord-cadre institutionnel», a ainsi expliqué mercredi le vice-président de la Commission européenne, Valdis Dombrovskis.)

Pourquoi l'Union européenne tient-elle tellement à régler cette affaire d'accord-cadre?

L'accord-cadre lui garantirait davantage de sécurité. Elle souhaite renforcer le marché intérieur de l'UE afin qu'il soit unifié. L'UE ne souhaite donc pas faire face à des pays isolés qui sortent des rangs selon les situations. Elle cherche simplement à renforcer son homogénéité.

La grande UE met la pression sur la petite Suisse. Est-ce que notre pays peut lui tenir tête?

Il ne faudrait jamais exclure des mesures de rétorsion, mais le Conseil fédéral ne devrait pas commencer à proférer des menaces. Il devrait garder la tête froide et ne pas trop mener les négociations dans l'espace public. La Suisse doit faire avancer le projet de la réforme de l'imposition des entreprises pour limiter les possibilités d'attaque.

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