Le monde a les moyens technologiques et financiers d'atténuer le réchauffement
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Le monde a les moyens technologiques et financiers d'atténuer le réchauffement

BANGKOK - Les délégués à la réunion du GIEC à Bangkok ont approuvé vendredi un rapport sur les moyens d'atténuer le réchauffement de la planète.

Il s'agit d'une première feuille de route mondiale prônant une série de mesures contre les gaz à effet de serre pour éviter une hausse désastreuse des températures.

Ce «résumé pour les décideurs politiques», synthèse d'une étude d'un millier de pages du Groupe d'experts international sur le climat (GIEC), souligne que le monde a les moyens technologiques et financiers d'agir à temps pour limiter l'impact du réchauffement. Il s'agit de réduire les gaz à effet de serre (GES) grâce à un éventail de mesures: économies d'énergie dans les transports et le bâtiment, passer des énergies fossiles aux énergies renouvelables ou encore réformer l'agriculture.

Selon le rapport, il faudrait stabiliser la concentration des GES dans l'atmosphère à 445 parties par million d'ici 2015 pour éviter que la hausse des températures ne dépasse plus de deux degrés Celsius. Soit un réchauffement modéré, mais qui pourrait déjà entraîner des pénuries d'eau pour jusqu'à deux milliards de personnes d'ici 2050 et menacer d'extinction 20% à 30% des espèces dans le monde.

Le rapport a été approuvé à l'issue de quatre jours d'âpres débats sur la base d'un document élaboré par le Groupe de travail III du GIEC. Selon les délégués, le résultat de la réunion de Bangkok montre que les arguments selon lesquels la lutte contre le réchauffement est trop coûteuse, nuit au développement des pays pauvres ou qu'il n'y a plus rien à faire, ne sont pas recevables.

«Si nous continuons à faire ce que nous faisons aujourd'hui, nous allons avoir de gros ennuis», avertit Ogunlade Davidson, co-président du groupe chargé de «finaliser» le rapport, salué par les délégués comme une avancée cruciale pour lutter contre le réchauffement.

Le document devrait ouvrir la voie à un accord international plus ambitieux pour remplacer le protocole de Kyoto sur la réduction des GES, qui expire en 2012. «C'est un remarquable pas en avant», a commenté Rajendra Pachauri, président du GIEC.

Les Etats-Unis, premier émetteur mondial de GES et qui rejettent le protocole de Kyoto, sont satisfaits que le rapport «souligne l'importance d'un ensemble de technologies énergétiques propres en accord avec notre ligne», a assuré Harlan Watson, chef de la délégation américaine.

Mais James Connaughton, président du Conseil de la Maison Blanche sur la qualité environnementale, a émis des réserves sur des objectifs de réduction des émissions proposés dans le rapport, qui entraîneraient selon lui «une récession mondiale». «Notre but est de réduire les émissions et de faire croître l'économie», a-t-il souligné.

Au sortir de la réunion, les délégués ont estimé que la raison scientifique l'avait emporté sur les considérations politiques, et notamment sur la volonté de la Chine, deuxième émetteur mondial de GES, d'édulcorer le texte. Pékin, soutenu par d'autres pays, invoquait des risques pour sa croissance économique. Mais le rapport mentionne bien un objectif de limitation des émissions de GES que la délégation chinoise avait contesté.

Pour de nombreux délégués, le message le plus important du rapport est qu'il serait possible d'atténuer le réchauffement d'ici 2030 pour un coût inférieur à moins de 3% du produit intérieur brut mondial sur cette période. En revanche, s'il n'est pas freiné, le phénomène pourrait à terme amputer chaque année l'économie mondiale de 5% à 20% de son PIB, a averti l'an dernier une étude du gouvernement britannique.

Selon les écologistes, le nouveau rapport montre que la communauté internationale a les moyens de lutter contre le réchauffement et doit agir immédiatement. «C'est une feuille de route que livre le GIEC», souligne Hans Verolme, du Fonds mondial pour la nature (WWF).

Le président français Jacques Chirac a salué l'adoption du rapport et appelé dans un communiqué «la communauté internationale à s'engager résolument dans la négociation pour décider de l'avenir du protocole de Kyoto et parvenir avant 2009 à un nouvel accord».

Selon l'Allemagne, présidente en exercice de l'Union européenne, qui a fait du changement climatique une priorité du sommet du G8 organisé en juin sur son sol, le rapport montre «qu'une protection ambitieuse de l'environnement est gérable économiquement».

Dans deux précédents rapports publiés début février et avril, le GIEC a dépeint un tableau inquiétant de l'avenir, avec des températures qui pourraient gagner jusqu'à 6,4 degrés Celsius à l'horizon 2100 et entraîner des conséquences catastrophiques pour l'homme et l'environnement (élévation du niveau de la mer, disparition de nombreuses espèces, réfugiés climatiques, etc). (ap)

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