Réactions: Le monde rend hommage au «criminel» Sharon
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RéactionsLe monde rend hommage au «criminel» Sharon

De nombreux responsables politiques ont rendu hommage à la mémoire d'Ariel Sharon après sa mort samedi. Les dirigeants palestiniens ont de leur côté qualifié de «criminel» l'ex-Premier ministre israélien.

La Suisse a notamment salué une personnalité «qui aura marqué l'histoire de son pays».

Pour Barack Obama, Ariel Sharon a «consacré sa vie à l'Etat d'Israël». «Nous restons attachés à une paix durable et à la sécurité pour le peuple d'Israël, y compris par notre engagement en faveur de l'objectif de deux Etats vivant côte à côte dans la paix et la sécurité», a encore déclaré le président américain.

La brièveté et la sobriété de son communiqué ont tranché avec celui du secrétaire d'Etat John Kerry, d'après lequel «Le voyage d'Ariel Sharon a été celui d'Israël». «Le rêve d'Israël a été sa raison de vivre et il a joué le tout pour le tout pour faire vivre ce rêve», a-t-il ajouté.

Du côté suisse, on salue en Ariel Sharon, une personnalité «qui aura marqué de son empreinte l«histoire de son pays», selon un communiqué publié samedi soir par le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).

«La Suisse présente sa sympathie à sa famille ainsi qu«au gouvernement et au peuple israéliens. Le président de la Confédération adressera un message de condoléances au gouvernement israélien», est-il encore écrit.

«Courage politique»

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a pour sa part salué «le courage politique et la détermination dont il a fait preuve en appliquant la décision douloureuse et historique de retirer les colons et les soldats israéliens de la bande de Gaza» en 2005.

«Tout au long d'une vie dévouée à l'Etat d'Israël, Ariel Sharon a été un héros pour son peuple, d'abord en tant que soldat, puis en tant qu'homme d'Etat», a jugé M. Ban.

Evoquant les négociations de paix israélo-palestiniennes auxquelles participe «son successeur» Benjamin Netanyahu, a appelé «Israël à s'inspirer de l'héritage de pragmatisme (d'Ariel Sharon) pour s'efforcer de créer enfin un Etat palestinien indépendant et viable, aux côtés d'un Israël en sécurité».

Pour le président français François Hollande, Ariel Sharon a été «un acteur majeur dans l'histoire de son pays». «Après une longue carrière militaire et politique, il a fait le choix de se tourner vers le dialogue avec les Palestiniens», a-t-il souligné.

Un criminel selon les Palestiniens

En revanche, les dirigeants palestiniens ont déploré que l'ex-Premier ministre israélien n'ait pas été traduit devant la justice internationale pour ses «crimes».

«Sharon était un criminel, responsable de l'assassinat d'Arafat, et nous espérions qu'il comparaisse devant la Cour pénale internationale (CPI) en tant que criminel de guerre», a dit à l'AFP Jibril Rajoub, un haut responsable du Fatah, le mouvement du dirigeant historique palestinien.

Jusqu'à la mort en novembre 2004 de Yasser Arafat, qu'il avait fait assiéger par les chars israéliens à partir de décembre 2001, Ariel Sharon avait multiplié les menaces à son encontre, nourrissant les soupçons d'un empoisonnement, qu'Israël a toujours nié.

Un porte-parole du Hamas, au pouvoir à Gaza, Sami Abou Zouhri, a estimé que le décès d'Ariel Sharon était un «exemple pour tous les tyrans».

Pas de procès

L'ONG Human Rights Watch (HRW) a également jugé «regrettable que Sharon aille vers sa tombe sans répondre devant la justice de son rôle (dans le massacre en 1982 de centaines de civils palestiniens) à Sabra et Chatila (des camps de réfugiés à Beyrouth) et dans d'autres violations» des droits de l'Homme.

Mais pour l'ex-président américain Bill Clinton, qui s'exprimait en son nom et en celui de son épouse Hillary, ancienne secrétaire d'Etat, «Ariel Sharon a donné sa vie à Israël (...), et, à la fin de sa longue carrière, il a créé un nouveau parti politique dédié à une paix juste et à une sécurité durable». (afp)

Relations contrastées avec la Suisse

En tant que Premier ministre israélien, Ariel Sharon a connu des relations contrastées avec la Suisse.

Sa ferme opposition à l'Initiative de Genève n'a pas empêché l'homme d'Etat de rencontrer trois conseillers fédéraux entre mars 2001 et avril 2006.

Quelques semaines après son arrivée à la tête du gouvernement de l'Etat hébreu, Ariel Sharon reçoit le conseiller fédéral Joseph Deiss, alors chef de la diplomatie suisse.

Un différend ternira cette rencontre: le Premier ministre israélien exigera le transfert du bureau de liaison suisse auprès des Palestiniens de Jérusalem-Est vers les territoires palestiniens, estimant que sa présence dans la Ville sainte est «contraire aux accords d'Oslo». M. Sharon obtiendra gain de cause: le bureau sera déplacé quelques mois plus tard, en juillet 2001.

Contre l'Initiative de Genève

En 2003, quelques mois avant l'adoption de l'initiative de Genève, Ariel Sharon critique vertement ce plan de paix alternatif. «Israël doit empêcher l'adoption» de ce plan de paix, déclare alors le Premier ministre, qui le juge «dangereux pour Israël».

Ses appels resteront vains. Le 1er décembre 2003, les anciens ministres israélien Yossi Beilin et palestinien Yasser Abd Rabbo signent ce plan de paix, négocié avec le soutien logistique et financier de la Suisse. Ariel Sharon qualifiera cette initiative de «catastrophe» au printemps 2004.

Outre le soutien suisse à l'Initiative de Genève, les critiques virulentes exprimées en Suisse à l'égard de la construction du Mur israélien en Cisjordanie ou encore la coopération militaire réduite avec Israël (normalisée depuis) ont contribué à tendre le climat bilatéral à cette époque.

Soutien au retrait de Gaza

En juin 2004, le gouvernement israélien adopte son plan de retrait de la bande de Gaza, qui sera mis en oeuvre une année plus tard. Cette proposition reçoit cette fois-ci le soutien des autorités helvétiques.

En 2005, lors d'une visite à Jérusalem, le conseiller fédéral Pascal Couchepin félicite les autorités israéliennes pour la concrétisation pacifique de ce plan de désengagement. A cette occasion, le Valaisan affirme n'avoir jamais eu le sentiment que la situation était mauvaise.

«On se sent proche (d'Israël), malgré toutes les critiques qu'on peut légitimement émettre», a affirmé M. Couchepin, estimant que, «fondamentalement, Israël est le seul pays démocratique au Proche-Orient».

En tant que Premier ministre, Ariel Sharon a rencontré trois conseillers fédéraux. C'est tout d'abord Joseph Deiss qui s'est rendu en Israël en mars 2001, avant d'être imité par Micheline Calmy-Rey et Samuel Schmid en 2005. L'ancien Premier ministre n'a par contre jamais effectué de visite officielle en Suisse.

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