Actualisé 16.06.2019 à 07:30

Rome (Italie)Le mouvement 5 Etoiles ne fait plus recette

Dans les quartiers déshérités de la capitale italienne, le mouvement populiste, qui avait fait le plein de voix il y a trois ans, a déçu.

Virginia Raggi a été élue maire de Rome grâce au vote massif pour le mouvement 5 étoiles en 2016.

Virginia Raggi a été élue maire de Rome grâce au vote massif pour le mouvement 5 étoiles en 2016.

Keystone

«Il y avait beaucoup d'attente et il y a peu de réponses»: à Tor Bella Monaca, quartier populaire de l'est de capitale italienne, Rome, le mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème) faisait il y a peu le plein de voix. Les habitants expriment aujourd'hui leur déception.

«La situation était très dégradée, mais à part la rénovation de quelques rues ce mois-ci, les choses n'ont pas changé dans les banlieues depuis que le mouvement 5 Etoiles est au pouvoir», observe Daniele, 24 ans, qui habite Tor Bella Monaca depuis 18 ans.

Ce quartier périphérique de la ville éternelle, est emblématique de ces cités sensibles qui avaient massivement accordé leur confiance au M5S en 2016, permettant à Virginia Raggi, une jeune avocate de 37 ans, d'être triomphalement élue maire de Rome.

Mais trois ans plus tard, les habitants s'impatientent dans ce quartier déshérité de la capitale italienne marqué par le chômage, où la population d'étrangers, Roumains et Angolais notamment, a augmenté ces dernières années.

Pas une identité forte

La déception s'est manifestée aux dernières élections européennes où le parti antisystème dirigé par le vice-premier ministre Luigi Di Maio a vu son score presque divisé par deux par rapport aux municipales de 2016, passant de 42% à 24%. C'est la Ligue, le parti d'extrême droite du ministre de l'intérieur Matteo Salvini, lui-aussi vice-premier ministre, qui a raflé la mise dans le quartier en remportant 36,7% des suffrages.

«Nous avons mis en place des projets concrets et utiles pour la population. Nous avons tenu nos promesses et je n'arrive pas à comprendre pourquoi l'adhésion n'est plus là», se désole le maire du quartier Roberto Romanello.

«Mais sur le long terme, la Ligue ne fonctionnera pas, car ses idées ne sont pas en adéquation avec les habitants de Tor Bella Monaca, qui sont en majorité étrangers», ajoute-t-il.

Pour le politologue, Giovanni Orsina «le mouvement 5 Etoiles n'a pas été capable de se donner une identité forte, du moins aussi forte que celle de la Ligue et beaucoup ont choisi le parti de Matteo Salvini». «Par ailleurs, les électeurs du M5S ne sont pas très politisés. Les élections européennes les intéressent peu et donc beaucoup parmi eux se sont abstenus», a-t-il expliqué à l'AFP.

«Quartier dangereux»

Construit dans les années 1960 pour accueillir les familles pauvres du sud de l'Italie, Tor Bella Monaca est devenu en quelques décennies la plaque tournante du marché de la drogue de l'agglomération romaine, dominée par quelques dealers qui font la loi. Dans un parc du quartier, c'est par centaines que les toxicomanes s'injectent leur dose d'héroïne au vu et au su des riverains et à deux pas de l'école primaire.

Pour les mères de famille, la crainte que leurs enfants puissent se blesser sur les seringues qui jonchent le sol est quotidienne. «Ces rues où il y a des immeubles, il ne faut pas y aller. La police patrouille de temps en temps, mais le quartier reste dangereux», glisse un riverain, exprimant la colère des habitants qui se sentent «abandonnés par les institutions».

D'où la tentation de s'en remettre au parti de Matteo Salvini, l'homme fort du gouvernement dont la politique sécuritaire et anti-migrants a fait de la Ligue le premier parti d'Italie.

En face du parc se trouve le café Piermarini, vieux bar du quartier où des militants du M5S ont coutume de se retrouver pour parler de politique. «La Ligue avait des arguments qui ont séduit dans les banlieues comme la nôtre: l'immigration, la pauvreté, l'insécurité», explique l'un d'entre eux, Giovanni Papa, venu participer à l'une de ces réunions.

«Et le mouvement 5 Etoiles n'a pas été en mesure de contrer les attaques constantes de la Ligue dont il a été la cible dans les médias», ajoute le militant, un peu désabusé. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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