Brésil: Le mouvement des sans-terre fête ses 25 ans
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BrésilLe mouvement des sans-terre fête ses 25 ans

Le mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST), qui se bat pour une réforme agraire au Brésil, commémore ses 25 ans d'existence.

Bien qu'il soit le mieux organisé et le plus actif du pays, il fait l'objet d'une vague de critiques sur ses méthodes et ses finances.

Au cours de son histoire le MST «a eu une importance capitale dans les progrès de la réforme agraire», a déclaré le spécialiste Bernardo Mançano, professeur de l'Université de l'Etat de Sao Paulo (Unesp). Une de ses pratiques les plus efficaces est d'envahir des propriétés terriennes improductives pour forcer la distribution de terres.

Assassinat

Mais l'assassinat par des sans-terre de quatre vigiles d'une «fazenda» (grande propriété terrienne) dans le nord-est du pays fin février, en plein anniversaire de la fondation du mouvement, a mis le feu aux poudres. Elle a déchaîné les critiques et dénonciations.

«Des tueurs à gages embauchés par les propriétaires terriens ont battu une famille et certains ont réagi pour se défendre», a affirmé à l'AFP une responsable du MST, Marina dos Santos, pour justifier l'action des paysans.

Lula

Cependant, pour la première fois, le président Luiz Inacio Lula da Silva a fortement critiqué le MST: «l'excuse de la légitime défense pour tuer quatre personnes est inacceptable. La justice devra découvrir à qui revient la vraie responsabilité».

Ex-dirigeant syndical, Lula est un allié historique des mouvements sociaux. Mais son gouvernement a frustré les attentes du MST qui l'accuse d'avoir «paralysé la réforme agraire au bénéfice de l'agrobusiness».

Violence

La violence dans les campagnes est une constante de la réforme agraire. La majorité des victimes ont toutefois été les 1500 travailleurs ruraux assassinés de 1985 à 2008, a souligné la Commission pastorale de la terre de l'Eglise catholique.

La principale critique contre le MST est partie la semaine dernière du président de la Cour suprême Gilmar Mendes. Il considère «illégal» le fait que le gouvernement attribue des fonds au mouvement pour qu'il finance l'installation des paysans sur une terre. M. Mendes a réclamé une action exemplaire de la justice pour freiner les occupations de fazendas.

Incalculables

Le MST est «l'une des plus grandes sources d'insécurité juridique, qui provoque des pertes incalculables», a renchéri dans un communiqué la Confédération nationale de l'Agriculture.

Les organisations liées au MST ont reçu près de 50 millions de reals (quelque 20 millions de dollars) en six ans de gouvernement Lula, a révélé l'ONG Contas abertas. Selon le quotidien O Globo de dimanche, le Tribunal des Comptes de l'Union a détecté des irrégularités dans des accords entre le gouvernement et des organisations liées au MST ainsi que des détournements de fonds.

Deux modèles

Le professeur Mançano attribue les critiques à un «affrontement entre deux modèles d'agriculture: celui du MST pour une agriculture familiale et celui de l'agrobusiness», qui engendre de colossales exportations agricoles.

«Nous continuerons à faire des occupations de terre» pour accélérer la réforme agraire, a répondu le MST. Depuis sa création en 1984, il a obtenu des lopins pour 370 000 familles dans ce pays champion des inégalités sociales.

(ats)

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