Suisse: Le MPC s'intéresse à l'ex-diplomate Pitteloud
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SuisseLe MPC s'intéresse à l'ex-diplomate Pitteloud

Le Ministère public de la Confédération pourrait enquêter sur les accusations de tentative de contrainte le visant.

Jacques Pitteloud est aussi un ancien agent secret.

Jacques Pitteloud est aussi un ancien agent secret.

photo: Keystone/Archives

L'ancien coordinateur des services de renseignement et ex-ambassadeur au Kenya Jacques Pitteloud est dans le collimateur de la justice pénale. Le Département fédéral de justice et police (DFJP) doit prochainement décider s'il autorise ou non le Ministère public de la Confédération à enquêter contre le fonctionnaire.

Jacques Pitteloud est accusé d'avoir proposé à deux hommes d'affaires kényans, poursuivis en Suisse pour blanchiment d'argent, d'abandonner les poursuites en échange de 50 millions de francs.

Dans un premier temps, le MPC avait refusé d'entrer en matière. La plainte des deux Kényans porte sur une tentative de contrainte, abus d'autorité et violation du secret de fonction. Mais les intéressés ont fait recours, une requête acceptée par la Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral (TPF) qui a demandé au MPC d'éclaircir la tentative de contrainte.

L'ancien diplomate, entretemps nommé par le Département fédéral des affaires étrangères à la tête de la Direction des ressources qui chapeaute le personnel, les finances et le réseau des représentations à l'étranger, n'y est pas allé par quatre chemins.

Des SMS douteux Dans son arrêt, le TPF revient sur un échange de SMS de mai 2014 entre le Valaisan et les deux Kényans après que l'ancien ambassadeur eut présenté son «offre». «J'attends toujours, l'horloge tourne, j'en ai peur», écrit le diplomate. Ou «Mes partenaires ont accepté de retenir leurs chevaux, le temps de vous laisser évaluer correctement la situation».

Jacques Pitteloud, lui, ne considère pas ces messages comme des menaces. Pour la Cour des plaintes du TPF en revanche, le fait que l'ambassadeur a fait dépendre l'abandon de la poursuite pénale en Suisse du versement d'une somme d'argent plus que conséquente constitue incontestablement une menace d'un dommage sérieux.

Il s'agissait sans conteste d'exercer une influence sur la liberté d'action des deux recourants. En outre, l'intervention de Pitteloud est considérée par le TPF comme illégitime. Il a requis des deux Kényans une prestation à laquelle il n'avait pas droit. La contrainte exercée paraît donc illicite.

Didier Burkhalter derrière son homme

Le Valaisan a d'abord expliqué dans la presse kényane avoir agi à titre personnel. Il a ensuite précisé avoir suivi des instructions du MPC. Mais ce dernier a en réalité affirmé, oralement et par écrit, n'avoir donné aucun mandat à M. Pitteloud ni aucune instruction.

Cependant, les propos du chef du DFAE Didier Burkhalter ont semé la confusion. Dans l'émission Forum de la RTS, il a soutenu sans réserve le diplomate: «M. Pitteloud a agi en concertation avec le MPC. Il a agi dans l'intérêt de la Suisse».

Interrogé sur une possible contradiction avec la prise de position du MPC, le chef de la diplomatie suisse a répondu qu'il s'agissait d'une différence d'interprétation selon le côté où l'on se situe. L'enquête doit justement faire la lumière sur cette différence de point de vue.

Un ancien agent secret

L'ancien agent secret Jacques Pitteloud est un personnage haut en couleur. A l'issue de sa carrière militaire, le Valaisan, alors âgé de 38 ans, est devenu en 2000 le premier coordinateur des services de renseignement de la Confédération. Responsable du Bureau d'appréciation de la situation et de détection précoce, il avait pour mission d'observer les risques et d'élaborer des options d'action pour le Conseil fédéral et l'organe de direction pour la sécurité.

Après plusieurs pannes de coordination et d'information, les services de renseignement ont été réorganisés et soumis à un Etat-major commun de crise. Jacques Pitteloud a dû quitter son poste.

En 2006, il rejoint les services du DFAE alors dirigés par la Genevoise Micheline Calmy-Rey. Il dirige un temps un centre de politique de sécurité internationale avant d'être nommé en 2010 ambassadeur de la Suisse au Kenya, un poste qui couvre également le Rwanda. L'ambassadeur avait épousé une Rwandaise au début des années 2000. Lors de la cérémonie, un prince lui avait offert 500 hectares: Jacques Pitteloud ne voudra jamais accepter ce domaine.

Lors de son passage au DFAE, le Valaisan s'est illustré dans des affaires délicates. Il aurait planifié en 2008 une opération militaire pour libérer deux Suisses retenus en otages à Tripoli. La mission fut finalement abandonnée. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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