Le mystère plane encore autour de la reine Berthe

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Payerne (VD)Le mystère plane encore autour de la reine Berthe

Des analyses faites sur le site de l’abbatiale de Payerne (VD) ont permis de révéler que des ossements retrouvés n’ont pas pu appartenir à la reine Berthe.

Le 20 mai dernier, le tombeau de l’église paroissiale de Payerne était ouvert, après plus de 200 ans, comme le rappelait un communiqué envoyé, lundi, par l’abbatiale de Payerne. Ainsi que Rodolphe de Dompierre l’avait décrit dans une lettre au Doyen Bridel, suivant la translation du 15 août 1818, «les ossements avaient été arrangés d’avance sur un lambris, couvert d’une pièce de percale blanche, unie».

Le tout avait été placé dans un sarcophage, découvert lors des travaux dans la tour Saint-Michel de l’église abbatiale, en 1817, et également transporté dans l’église paroissiale. Le sarcophage avait été déposé sur un socle de molasse et recouvert d’une couche de plâtre peint.

Un homme d’âge moyen

Suite à l’ouverture du tombeau et à la découverte des ossements, l’anthropologue Geneviève Perréard Lopreno a identifié un crâne complet (crâne et mandibule) avec 18 dents conservées, une paire de premières côtes soudées avec le manubrium, l’ensemble des os du bassin, ainsi que les deux fémurs et les deux tibias. Il ne s’agit donc pas d’un individu complet.

L’analyse des os du bassin a démontré qu’il s’agit d’un homme d’âge moyen, entre 30 et 60 ans. Le doute n’est donc plus possible, ce n’est pas Berthe qui a été translatée en 1818. Grâce à la datation au radiocarbone, effectuée grâce à un prélèvement sur le fémur gauche, on sait que l’individu retrouvé a vécu entre 1420 et 1495, soit cinq siècles après la période de vie de la reine Berthe. Cette datation est donnée à un taux de fiabilité de 94 pour cent.

Pas d’os de la colonne

Les analyses anthropologiques ont révélé que les os des membres inférieurs appartiennent probablement à ce même individu identifié par l’étude du bassin. Il subsiste en revanche un doute quant à leur association avec le crâne et la mandibule, en raison de l’absence des os de la colonne vertébrale.

De plus, le crâne et la mandibule présentent des caractéristiques peu discriminantes, voire pour certaines plutôt féminines. La détermination de l’âge au décès est en revanche similaire, et désigne un adulte mature, ni jeune, ni très âgé. La patine des os indique que les ossements ont séjourné dans un même environnement.

Sarcophage révélateur

Il s’agit donc vraisemblablement malgré tout d’un seul squelette, celui d’un homme mature, dont le crâne n’est pas très typique d’un crâne masculin, ce qui n’est pas inhabituel en anthropologie. Pour être sûr à 100% que le crâne et les os des membres inférieurs appartiennent bel et bien au même individu, il faudrait compléter les analyses effectuées par des tests ADN.

La découverte du sarcophage de pierre est elle aussi importante, puisqu’elle complète un ensemble de seize sarcophages similaires mis au jour au cours des différentes interventions dans l’abbatiale. Huit d’entre eux, découverts lors des fouilles des années 1950-1960 et réexaminés en 2015-2016, peuvent être datés entre le dernier tiers du IXe siècle et le premier tiers du XIe siècle.

Tombes réutilisées

Ils renferment, lorsque cela a pu être déterminé, des individus masculins. Parmi eux, un sarcophage a révélé la dépouille d’un homme vêtu d’un habit de moine. Le sarcophage retrouvé dans l’église paroissiale fait donc partie d’un ensemble plus large que ne pouvait l’imaginer Rodolphe de Dompierre.

Grâce à la datation au carbone 14, on constate que ce sarcophage a été réutilisé à une date plus tardive. Ce remploi des sarcophages de pierre avait déjà été identifié lors des fouilles de 2015-2016, par l’analyse de la tombe T21, dans laquelle une paire de chaussures avait pu être datée du XVe ou du début du XVIe siècle. Cette nouvelle découverte s’insère donc dans une pratique de réutilisation des tombes, qui ouvre de nouvelles perspectives pour la recherche.

Où est Berthe?

Quant à Berthe, sur les quatre emplacements possibles de sa dépouille (tombeau de l’église paroissiale, avant-nef, gauche du chœur, centre de la nef de l’abbatiale), les options se réduisent, grâce à cette nouvelle investigation. Elle n’était donc pas dans le tombeau du XIXe siècle, et par conséquent pas non plus enterrée dans l’avant-nef, endroit de découverte des ossements translatés.

La tombe peinte en rouge au centre de la nef actuelle, découverte en 1950-1960 puis réétudiée en 2015-2016, avait été préalablement ouverte et les restes trouvés à cet emplacement ne correspondent non plus pas à ceux de la reine.

Réponses claires

Demeurent donc deux possibilités: soit les os de Berthe ont disparu au cours de l’une ou l’autre des interventions dans l’abbatiale, soit ils ont été déplacés au Moyen Age et pourraient se trouver «à gauche du chœur», comme le laisse supposer le récit d’un prévôt soleurois, de passage en 1519. Cette zone n’a pas fait l’objet de nouvelles fouilles lors des interventions de 2015-2016.

Quoi qu’il en soit, les découvertes du 20 mai apportent des réponses claires pour les ossements et réduisent ainsi les directions que pourraient prendre de futures investigations autour de la dépouille de la reine Berthe.

(COMM / FTR)

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