Honduras: Le narcotrafiquant qui fait trembler l'élite du pays
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HondurasLe narcotrafiquant qui fait trembler l'élite du pays

Les dénonciations de Leonel Rivera, qui a passé un accord avec le parquet new-yorkais, font trembler les puissants du Honduras.

Organigramme du cartel de Los Cachiros de Toco, dirigé par Leonel Rivera et son frère Javier (en haut de gauche à droite).

Organigramme du cartel de Los Cachiros de Toco, dirigé par Leonel Rivera et son frère Javier (en haut de gauche à droite).

De son propre aveu, il a tué ou fait tuer 78 personnes. Envoyé plus de 20 tonnes de cocaïne aux Etats-Unis. Blanchi des millions de dollars. Et depuis sa prison new-yorkaise, il fait désormais trembler les puissants du Honduras par ses dénonciations.

Pendant 10 ans, de 2003 à 2013, Devis Leonel Rivera Maradiaga et son frère Javier ont dirigé le cartel meurtrier de Los Cachiros de Toco sur la côte atlantique du Honduras, petit pays d'Amérique centrale au taux de criminalité parmi les plus élevés de la planète. Mais, après que le Département du Trésor américain les a inscrits, avec d'autres membres de leur famille soupçonnés d'appartenir au cartel, sur sa liste noire en 2013 et que le gouvernement hondurien ont commencé à saisir leurs biens, les frères craignent pour leur vie.

Leonel Rivera, un homme râblé dont les sourcils pointus lui donnent un air contrit, se met alors à enregistrer ses conversations avec d'autres membres du cartel, comme Fabio Lobo, le fils de l'ex-président hondurien Porfirio Lobo (2010-2014). D'abord pour son propre compte puis, à partir de décembre 2013, pour la Drug Enforcement Agency (DEA), l'agence américaine de lutte contre la drogue.

Accord de coopération négocié

Car Rivera, 40 ans, a négocié avec le parquet de New York un accord de coopération, après quelque 22 rencontres avec les procureurs, selon des documents de justice consultés par l'AFP.

Leonel Rivera et son frère Javier se sont finalement rendus à la DEA en janvier 2015, Leonel aux Bahamas et Javier à Miami. Ils n'ont pu éviter d'être incarcérés, mais ils ont obtenu que les membres de leur famille restent libres et puissent vivre aux Etats-Unis, probablement sous la protection du gouvernement américain.

En avril 2016, ils ont plaidé coupable de cinq chefs d'accusation, parmi lesquels assassinat, organisation de trafic de drogue, et livraison de drogues aux Etats-Unis.

Les deux frères réceptionnaient la drogue au Honduras qui arrivait de Colombie en avion ou dans des bateaux de type hors-bord, puis la transportaient par voie terrestre jusqu'au Guatemala. De là, la drogue partait pour le Mexique puis les Etats-Unis, a expliqué Leonel Rivera lors de sa première audition contre Fabio Lobo le 6 mars.

Protections et complicités

Moyennant pots-de-vin, son cartel bénéficiait de la protection de Fabio Lobo mais aussi de nombreux hommes politiques, policiers et militaires, dont l'ex-président Lobo, son frère Ramon «Moncho» Lobo, le ministre actuel de la Sécurité Julian Pacheco ou le député Antonio Hernandez, frère de l'actuel président Juan Orlando Hernandez.

Tous ont nié catégoriquement ces accusations, sauf Fabio Lobo, arrêté en 2015 par la DEA à Haïti. Il a plaidé coupable de trafic de drogue et doit être condamné le 30 mai.

«Ce qui rend ce dossier intéressant, c'est que c'est une petite vitrine sur la façon dont crime organisé et élites sont interconnectés dans des endroits comme le Honduras», explique Steven Dudley, co-directeur de l'institut Insight Crime, basé à Washington et spécialisé dans le crime organisé sur le continent américain.

«C'est important aussi qu'il montre que l'impunité n'est pas totale (...), que le système existe pour exiger des comptes même des plus puissants. Mais est-ce que cela changera quelque chose au Honduras? Je ne le sais pas encore», a-t-il ajouté.

Pacte avec le diable

Quant à Leonel Rivera, un juge fédéral américain doit prononcer sa sentence le 14 avril. Il risque, au vu des accusations dont il s'est reconnu coupable, la perpétuité, mais tout dépendra du juge fédéral John Koeltl.

L'accord qu'il a signé avec le procureur le 14 avril 2016, dont l'AFP a obtenu copie, prévoit en effet que les cinq chefs d'accusation puissent être effacés s'il dit la vérité, s'il s'abstient de commettre de nouveaux crimes et accepte de témoigner pour l'accusation.

L'accord prévoit aussi que les procureurs demandent une réduction de peine s'ils considèrent qu'il les a aidés de façon substantielle. Et que Rivera puisse demander des mesures «pour garantir la sécurité de sa famille et de ses proches», et bénéficier du programme de protection des témoins, qui permet notamment aux personnes potentiellement menacées de se réinstaller dans une nouvelle ville et sous une nouvelle identité.

«C'est un pacte avec le diable», a estimé un avocat proche du dossier. «Cet homme a avoué avoir tué 78 personnes», et pourtant le juge est «totalement libre de décider de sa sentence. Il pourrait sortir libre du tribunal et obtenir une nouvelle identité». (nxp/ats)

(NewsXpress)

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