Session de printemps: Le National refuse d’interdire l’expérimentation animale
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Session de printempsLe National refuse d’interdire l’expérimentation animale

Sans surprise, tous les partis rejettent largement l’initiative «Oui à l’interdiction de l’expérimentation animale et humaine». La Chambre du peuple a refusé aussi trois contre-projets. Le dossier passe aux Etats.

par
Christine Talos
En 2018, il n’y avait «plus que» 586’000 tests sur des animaux en Suisse, contre plus de deux millions en 1983, selon le Conseil fédéral. 

En 2018, il n’y avait «plus que» 586’000 tests sur des animaux en Suisse, contre plus de deux millions en 1983, selon le Conseil fédéral.

AFP

C’était attendu et le résultat est donc sans surprise: le Conseil national a refusé largement jeudi l’initiative «Oui à l’interdiction de l’expérimentation animale et humaine - Oui aux approches de recherche qui favorisent la sécurité et le progrès». Ce texte, lancé en 2017 par des citoyens saint-gallois veut remplacer la pratique actuelle par des méthodes alternatives plus éthiques. Il prévoit aussi d’interdire le commerce, l’importation et l’exportation de produits faisant directement ou indirectement l’objet d’essais sur des animaux.

Comme le Conseil fédéral avant lui, le National, tous partis confondus, a jugé que l’initiative allait trop loin, qu’elle était extrême, voire dangereuse. Le bien-être animal est important, mais l’initiative est trop radicale, a ainsi lancé Martin Haab (UDC/ZH) pour la commission. Car si elle interdit l’expérimentation sur les animaux, elle l’interdit aussi sur les êtres humains. «Cela voudrait dire que tous les humains seraient réduits au rôle de cobayes», a souligné le président des Verts suisses Balthasar Glättli, pourtant favorable aux principes du texte. «L’initiative n’autorise pas de demi-mesure», a aussi relevé Valérie Piller-Carrard (PS/FR).

Expérimentation encore indispensable

Plusieurs députés ont relevé que l’expérimentation animale restait encore incontournable pour bien des traitements médicaux, comme ceux contre le cancer et en immunologie par exemple. Et la pandémie s’est invitée dans le débat. «Dans le cas du coronavirus, aucun vaccin n’aurait pu voir le jour sans avoir été préalablement testé sur des animaux», a souligné Simone de Montmollin (PLR/GE) au nom de la commission. «Tester ces vaccins uniquement sur des cellules n’aurait été ni éthique ni même légal, car, pour assurer la sécurité des patients, les organismes de réglementation des produits pharmaceutiques et chimiques exigent des tests de cette nature», a-t-elle expliqué. Baptiste Hurni (PS/NE) a abondé dans son sens en rappelant que le vaccin Pfizer avait été testé sur des macaques.

Pour l’UDC, la loi actuelle est en outre largement suffisante. «La Suisse est l’un des pays qui a la législation la plus dure en matière de protection des animaux, a ainsi relevé Andreas Gafner (UDC/BE). Depuis 1970, notre pays est passé de 2 millions à 500’000 expériences et chacune demande des autorisations, a-t-il souligné. Il a rappelé que la Confédération avait créé un centre de compétence visant à promouvoir les méthodes de substitution à l’expérimentation animale selon les principes 3R (Replace, Reduce, Refine).

«Aussi extrémiste que ses auteurs»

Christian Wasserfallen (PLR/BE) a tenu lui des propos très durs. «Cette initiative est aussi extrémiste que ses auteurs», a-t-il lancé. Il a expliqué que la commission leur avait demandé si des contre-projets moins contraignants pourraient les satisfaire. En vain. «Ils ont dit non. On voit donc bien que cela ne sert à rien d’élaborer des contre-projets. Ce sont des extrémistes qui ne vont pas bouger d’un iota», a-t-il critiqué.

En outre, l’interdiction d’importer ou d’exporter des produits faisant l’objet d’expérimentation sur des animaux aurait des graves conséquences pour la place scientifique. «Le texte tuerait la recherche en Suisse», a ainsi souligné l’UDC fribourgeois Pierre-Alain Page. «Il faudrait aussi compter avec la fuite des cerveaux», selon Thomas De Courten (UDC/BL).

Propositions de contre-projet balayées

Le National a en outre refusé deux propositions de contre-projet indirect. La première émanait de la verte vaudoise Valentine Python. Elle proposait que l’expérimentation animale dont l'efficacité ne peut être prouvée soit interdite ainsi qu’un plan d'abandon de ces tests en fonction du degré de contrainte et de souffrance qui lui correspond. «L'expérimentation animale continue d'être considérée comme la référence en Suisse et les méthodes alternatives ne sont pas assez encouragées», a-t-elle expliqué. L’idée n'est pas d'interdire totalement, mais d'interdire tout ce qui n'est pas éthiquement justifiable et nécessaire». Son idée a été refusée par 110 voix contre 81.

Une autre proposition individuelle d’une vert’libérale bâloise et qui voulait modifier les bases légales pour que la recherche 3R reçoive davantage de ressources afin d'encourager plus rapidement des alternatives aux expérimentations animales, a elle aussi été refusée par 106 voix contre 81. Enfin, une verte zurichoise aurait voulu que la commission élabore un contre-projet direct pour que la Confédération abandonne progressivement l’expérimentation animale moyennant des critères précis. Là aussi, sa proposition a encore été largement rejetée.

«Quasi impossible à mettre en œuvre»

Dans son allocution, le ministre de l’Intérieur Alain Berset a rappelé que le Conseil fédéral partageait l’objectif général de l’initiative, soit de réduire au maximum l’expérimentation et la souffrance animale. Il a rappelé que la Suisse était l’une des législations les plus exigeantes du monde en la matière. En outre, le texte mettrait en danger l’approvisionnement de la Suisse en vaccins et en médicaments puisqu’il ne serait plus possible d’en importer de l’étranger. «Il faudrait donc se passer de nouvelles thérapies, non seulement pour soigner les humains mais aussi les animaux», a-t-il souligné. Le ministre a aussi rappelé que la Suisse avait réduit par quatre sa «consommation» d’animaux de labos et que ceux-ci étaient désormais à 80% des petits rongeurs.

Alain Berset a rappelé que l’initiative pourrait avoir comme conséquence que la recherche suisse se délocalise à l’étranger où la législation protège moins les animaux. Pire: sa mise en œuvre serait quasi impossible puisqu’il faudrait contrôler que les médicaments importés n’aient pas été testés sur des animaux à l’étranger. Enfin, il a souligné que la Confédération avait engagé 20 millions dans les programmes 3R et que ceux-ci allaient encore bénéficier de nouvelles subventions.

Le dossier passe aux Etats.

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