Actualisé 05.05.2014 à 16:01

«Sauvez l'or de la Suisse»Le National rejette l'initiative de l'UDC

Pas question de lier les mains de la Banque nationale (BNS) en matière de politique monétaire.

Par 129 voix contre 20 et 25 abstentions, le National a suivi lundi le Conseil des Etats et appelé au rejet de l'initiative populaire «Sauvez l'or de la Suisse» de l'UDC. Le peuple aura le dernier mot.

L'initiative demande à la BNS de stopper les ventes d'or, de ramener dans les deux ans en Suisse tout l'or stocké à l'étranger et de constituer dans un délai de cinq ans des réserves de métal jaune pour au moins 20% de ses actifs. Même l'UDC était divisée face à ce concept qui a reçu le soutien du MCG et de la Lega.

Stabilité et indépendance

Selon ses partisans, le maintien du stock de 1050 tonnes d'or de la Banque nationale est indispensable pour garantir la stabilité du franc suisse. Cela permettrait de protéger l'épargne privée, ainsi que le niveau des salaires, des rentes et des pensions.

Pour Luzi Stamm (UDC/AG), les ventes d'or des dernières années étaient une erreur. Le métal jaune peut apporter une certaine sécurité si le marché des monnaies s'effondre.

Or à l'étranger

Et l'Argovien d'évoquer les risques pour l'indépendance de la Suisse de voir la BNS suivre les politiques menées par les autres banques centrales, américaine et européenne. Selon lui, stocker l'or en Suisse est en outre un atout, car il sera très complexe de le rapatrier en cas de crise grave.

La Banque centrale a actuellement placé 30% de son or à l'étranger. Elle possède 200 tonnes dans des coffres de la Bank of England et 100 tonnes dans ceux de la Banque du Canada.

Une telle politique est importante pour la diversification des risques, a noté Thomas Maier (PVL/ZH) au nom de la commission. Rapatrier ce métal jaune ne permettrait de garantir l'indépendance de la Banque nationale, vu que son cours est fixé par d'autres pays, a ajouté Prisca Birrer-Heimo (PS/LU).

Pas de lien

Tous les autres arguments des initiants ont été réfutés de conserve par les députés de gauche et de droite, et par la ministre des finances Eveline Widmer-Schlumpf. La Banque nationale assure la stabilité des prix en mettant la quantité de monnaie adéquate à la disposition de l«économie et par une politique monétaire cohérente et transparente.

Il n'y a aucun lien entre la part de réserve de métal précieux et la stabilité des prix, a souligné Dominique de Buman (PDC/FR) au nom de la commission. Depuis 2000, la parité franc-or a d'ailleurs été abandonnée.

Pour arriver aux 20% des actifs (contre 7,34% actuellement) exigés par l'initiative, il faudrait débourser pas moins de 63 milliards de francs. Et si le cours de l'or chute, il faudra en racheter pour ne plus pouvoir le vendre ensuite, a relevé le Fribourgeois. La BNS a d'ailleurs récemment perdu 15 milliards du fait d'une baisse du cours, a ajouté Jacques-André Maire (PS/NE).

Corset dangereux

D'une manière générale, la majorité a refusé d'imposer un corset à la Banque nationale, qui pourrait finir par l'asphyxier. A gauche, certains, revenant sur l'affaire Hildebrand, ont même accusé l'UDC de vouloir le peau de la BNS.

Avec l'initiative, des mesures comme l'instauration d'un cours plancher face à l'euro pour lutter contre la cherté du franc et l'opération de sauvetage de l'UBS ne seraient plus possibles.

Le stock actuel de métal jaune, substantiel en comparaison internationale, est important pour la diversification des réserves monétaires de la BNS. Mais l'or figure parmi les placements les plus volatils. Une part élevée ferait augmenter ce risque et diminuer le rendement, car l«or ne génère pas de revenus courants sous forme d«intérêts ou de dividendes.

L«interdiction des ventes d«or ne permettrait pas non plus de réaliser des plus-values. L'initiative nuirait aussi à la distribution des bénéfices de la banque centrale à la Confédération et aux cantons. (ats)

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