Suisse: Le National vole au secours des généralistes
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SuisseLe National vole au secours des généralistes

La Chambre basse a musclé puis adopté mercredi le contre-projet direct du Conseil des Etats sur la promotion de la médecine de famille.

Sous la pression de l'initiative populaire des médecins généralistes, le National a adopté le contre-projet du Conseil des Etats par 123 voix contre 40. Dans la foulée, la Chambre du peuple a transmis tacitement une motion qui soutient le plan directeur d'Alain Berset visant à renforcer la médecine de famille en mettant rapidement en oeuvre des mesures concrètes. L'idée est aussi dans les deux cas d'encourager le retrait de l'initiative.

Seule l'UDC a contesté la nécessité d'ancrer dans la constitution des dispositions en faveur d'une catégorie. C'est tout à fait contraire au libéralisme de vouloir assurer l'accès à une profession et sa rémunération, s'est indigné Toni Bortoluzzi (UDC/ZH). Les primes maladie augmenteront automatiquement, a-t-il averti.

Ne rien faire mettra en danger la couverture en soins médicaux de la population: «dans ma région, la moyenne d'âge des généralistes en activité dépasse allègrement 55 ans et un sur deux sera à la retraite dans 10 ans», a rétorqué le Jurassien Pierre-Alain Fridez (PS). Sans rémunération adéquate, tout le monde souffrira de la pénurie des médecins de premier recours annoncée, a renchéri Yvonne Gilli (Verts/SG).

Eviter l'initiative

La gauche soutient toutes les propositions de modification de la constitution sur la table. UDC exceptée, les partis bourgeois ont réservé leurs suffrages au contre-projet, souvent dans l'espoir de barrer la route à l'initiative signée par plus de 200'000 personnes.

Le texte des généralistes veut obliger la Confédération et les cantons à promouvoir la médecine de famille. Les autorités devraient veiller à une offre de soins suffisante, notamment dans les régions périphériques, et la Confédération légiférer sur la formation, les moyens de faciliter l'exercice de la profession ainsi que la rémunération.

Le contre-projet propose un article constitutionnel sur la médecine de base, donc élargi à des professions comme les infirmières ou les physiothérapeutes. Le National l'a renforcé: il s'agirait de garantir un accès aux soins médicaux de base, mais aussi de renforcer explicitement la fonction de pilotage des médecins de famille.

Assurer une offre de soins médicaux de base sur tout le territoire est essentiel pour éviter une explosion des coûts des soins stationnaires, a argumenté Thomas Weibel (PVL/ZH). C'est un facteur important de stabilisation des coûts, mais le contre-projet doit être concrétisé par le plan directeur, a précisé Christian Lohr (PDC/TG).

Rémunération dans la constitution

C'est dans ce cadre que devra être réglée la rémunération des médecins de famille, a soutenu une minorité PLR/UDC. Toutes les professions voudront sinon voir leur revenu garanti dans la constitution, a prédit Ignazio Cassis (PLR/TI).

Supprimer l'aspect de la rémunération du contre-projet empêchera le retrait de l'initiative et renforcera les chances de celle-ci auprès de la population, a objecté Bea Heim (PS/SO). Malgré le soutien du ministre de la santé, la proposition de la droite a été repoussée par 102 voix contre 78.

D'ici mi-mars, les partenaires tarifaires devraient présenter des propositions pour améliorer la rémunérations des médecins de famille d'environ 200 millions de francs et des compensations ailleurs, a annoncé le ministre de la santé. Il est nécessaire d'agir rapidement pour la médecine de famille, or l'initiative populaire et le plan directeur ne sont pas compatibles, «c'est l'un ou l'autre», a-t-il averti.

Le National l'a entendu. Comme la Chambre des cantons, il recommande par 66 voix contre 59 et 57 abstentions (venant surtout de l'UDC) de rejeter l'initiative et d'accepter le contre-projet. Ce dernier retourne au Conseil des Etats. (ats)

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