Surmortalité en Suisse: Le nombre de décès a pris l’ascenseur en 2020 à cause du Covid-19
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Surmortalité en SuisseLe nombre de décès a pris l’ascenseur en 2020 à cause du Covid-19

Y a-t-il une surmortalité due au coronavirus en 2020? Les statistiques suisses montrent des pics clairs de décès en comparaison des années précédentes, et ce même par rapport aux années de fortes épidémies de grippe.

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Leo Hurni/Daniel Waldmeier/Daniel Graf/lom
Les pics de mortalité de la 1ère et 2è vague sont clairement visibles.

Les pics de mortalité de la 1ère et 2è vague sont clairement visibles.

Keystone

Quel est l’impact de l’épidémie de coronavirus sur la mortalité en Suisse? Un graphique réalisé à partir des données de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) montre une surmortalité claire durant l’année 2020 en comparaison des années précédentes. Le taux de mortalité, calculé en nombre de morts par semaine, est resté «normal» entre les deux vagues du Covid-19. À la mi-octobre par exemple, il n’y a pas eu plus de décès en Suisse (1254 personnes par semaine) que ce à quoi on pourrait s’attendre en moyenne sur plusieurs années.

Mais avec la deuxième vague de l’épidémie, le nombre de morts a explosé. La Suisse a dès lors enregistré une surmortalité importante, principalement chez les plus de 65 ans. À son apogée, fin novembre, 2116 personnes sont mortes en une semaine, selon les chiffres provisoires de l’OFSP. La moyenne d’une année «normale» se situe autour des 1320 décès cette semaine-ci.

6180 décès de plus que prévu

Le graphique montre les décès hebdomadaires. La bande grise indique la plage d’incertitude statistique. Dès que la limite supérieure de cette fourchette est dépassée en une semaine, on parle de surmortalité. Cela s’est produit lors de la première et, dans une plus large mesure, lors de la deuxième vague de Covid-19. En été, il y a eu moins de décès que prévu, tandis que la sous-mortalité n’a jamais été observée (pour des explications plus détaillées du graphique, voir ci-dessous).

Au 20 décembre 2020, 6180 personnes de plus que prévu sont mortes en Suisse durant l’année en cours. Si la tendance se poursuit jusqu’à la fin de l’année, ce nombre devrait passer à plus de 6500 alors que la moyenne sur ces trois dernières années est de 67’280 décès par an environ. Cela signifie que le taux de surmortalité est également nettement plus élevé qu’en 2017 et 2015, où plus de personnes sont mortes en Suisse que d’habitude en hiver en raison de fortes épidémies de grippe en janvier et février respectivement. Rolf Weitkunat, expert en statistiques de l'état civil et en épidémiologie à l'Office fédéral suisse de la statistique, souligne que les comparaisons entre les chiffres réels pour différentes années doivent être traitées avec prudence (voir l’encadré ci-dessous).

«Les autorités ont accepté cette surmortalité»

Le graphique montre que la deuxième vague de coronavirus en Suisse a été plus meurtrière que la première, qui a principalement touché le Tessin et la région lémanique. Le démographe Philippe Wanner, de l'Université de Genève, a récemment calculé que l’espérance de vie a diminué en conséquence dans ces régions: au Tessin, l’espérance de vie d’un homme est passée de 82 à 76 ans durant les pics. La deuxième vague, en revanche, a touché et touche encore violement la Suisse alémanique.

Christoph Berger, chef du département des maladies infectieuses et de l’hygiène hospitalière de l’hôpital pour enfants de Zurich, affirme que la deuxième vague en particulier a été très sévère et pourrait avoir fait son apparition plus tôt que prévu. Il critique le gouvernement et les cantons : «Les autorités ont longtemps hésité et n’ont pas pris de mesures suffisamment fortes assez tôt. Avec leurs mesures, ils ont accepté cette surmortalité».

Le Dr. Berger suppose que la surmortalité élevée aurait pu être réduite lors de la deuxième vague : «Si nous avions mis en œuvre des mesures plus strictes et drastiques à la mi-octobre, le nombre de nouveaux cas aurait moins augmenté. Cela aurait conduit à moins d’hospitalisations, ce qui aurait mis moins de pression sur les capacités des hôpitaux».

Explications du graphique

Pour le calcul, qui est basé sur le chiffre de 6180 décès supplémentaires jusqu’au 20 décembre, la différence entre le nombre de décès attendus et le nombre de décès réels a été calculée pour chaque semaine. Au cours de l’été, cela s’est traduit par des chiffres négatifs (moins de personnes sont mortes que prévu) et pendant les vagues de Covid-19 par des chiffres positifs (plus de personnes sont mortes que prévu). Selon Rolf Weitkunat, de l'Office fédéral de la statistique, ce calcul peut être effectué de cette manière, mais il est un peu flou car il inclut également des écarts qui sont encore dans la fourchette statistique.

La comparaison des chiffres réels avec les années précédentes est également problématique pour deux raisons : «Premièrement, la population de la Suisse augmente d’année en année, et avec elle le nombre de décès». Deuxièmement, la population vieillit en moyenne chaque année. «Parce que la probabilité de mourir augmente avec l’âge, le nombre de décès par an continue d’augmenter».

Il convient également de noter dans le graphique que les valeurs observées pour les cinq dernières semaines sont encore des extrapolations, car les décès sont toujours signalés rétrospectivement pour ces semaines.

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