Le nombre de riches explose mais le fossé social se creuse
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Le nombre de riches explose mais le fossé social se creuse

Le nombre de riches a grimpé à des niveaux jamais vus depuis un siècle aux Etats-Unis grâce à une économie florissante.

Un mouvement qui ne va pas sans s'accompagner d'un creusement des inégalités sociales, selon plusieurs enquêtes publiées récemment.

Selon «Forbes Magazine», les Etats-Unis abritaient plus de 400 milliardaires en 2006. Selon le cabinet d'études TNS, au moins 8,9 millions de foyers américains en 2005 possédaient un patrimoine supérieur à un million de dollars (environ 1,25 million de francs).

Mais ce n'est que début janvier que la Chambre des représentants américaine a voté une augmentation du salaire minimum horaire, la première depuis 1997, pour le faire passer de 5,15 à 7,25 dollars.

Steven Lagerfeld, responsable de la revue Wilson Quarterly éditée par l'institut académique Woodrow Wilson International Center for Scholars, estime toutefois que «l'enthousiasme» manifesté par les Américains «pour le monde de l'entreprise et la richesse est un revirement récent de l'opinion publique».

Moins de passion

«Dans les années 1960-70, les entreprises étaient considérées comme les symboles de la conformité et du matérialisme dans la société américaine», rappelle-t-il. Les réformes et les réductions d'impôts décidées par le président Ronald Reagan dans les années 1980 ont changé la donne.

Mais M. Lagerfeld note l'apparition de signes «que la passion de l'opinion publique pour cette nouvelle ère de richesse s'étiole». Emmanuel Saez, un économiste français enseignant à l'Université de Californie à Berkeley, remarque lui que le un pour cent des Américains les plus riches a accru sa part de la richesse nationale de 8% en 1980 à 16% en 2004, soit le taux le plus fort depuis la Seconde guerre mondiale.

Gary Burtless, économiste auprès de la Brookings Institution, estime pour sa part que la création de richesses s'est révélée bénéficiaire pour l'économie dans son ensemble. Le code des impôts américain «encourage les gens à travailler plus pour gagner de l'argent et cela a poussé ceux qui sont talentueux à travailler dur».

L'accroissement de la richesse trouve son pendant dans la philanthropie. Bill Gates, le co-fondateur de Microsoft, et le milliardaire Warren Buffett ont mis une grande partie de leur fortune au service de causes humanitaires. Au moins une douzaine d'organisations ont reçu des dons de plus de 100 millions de dollars en 2006, indique Leslie Lenkowsky du Centre d'étude de la philanthropie de l'Université de l'Indiana.

Plus de contrôle

L'année dernière, les chefs d'entreprises américains étaient toutefois payés en moyenne 262 fois plus que le salarié moyen, selon l'Economic Policy Institute (EPI). Les démocrates, qui viennent de reprendre le contrôle du Congrès aux républicains, ont lancé un programme social prévoyant le relèvement du salaire minimum et un plus grand contrôle par les actionnaires des rémunérations des patrons.

«Profiter de la marée qui monte est une bonne idée si vous avez un bateau. Mais si vous n'en avez pas, vous restez pieds nus dans l'eau et vous vous noyez», ironise le représentant démocrate du Massachusetts (nord-est) Barney Frank.

Steven Lagerfeld estime que la période actuelle évoque celle d'il y a un siècle quand un mouvement populiste avait contribué à établir aux Etats-Unis l'impôt sur le revenu et la régulation des marchés financiers. Il s'agissait d'une des réactions à la période connue sous le nom de «Gilded Age», du nom d'un roman de Mark Twain décrivant les excès du 19ème siècle.

«Mais les gens sont toutefois très réticents à tuer la poule aux œufs d'or», rappelle-t-il.

(ats)

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