Le notable accusé d’avoir étouffé sa femme condamné à 13 ans de prison
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GenèveLe notable accusé d’avoir étouffé sa femme condamné à 13 ans de prison

Malgré les dénégations du prévenu et l’absence de mobile apparent, le Tribunal criminel a jugé coupable de meurtre, sur la base du rapport des légistes, un septuagénaire suisse-allemand fortuné.

par
Jérôme Faas
Le Tribunal criminel a retenu que le prévenu avait étouffé son épouse à l’aide d’un coussin.

Le Tribunal criminel a retenu que le prévenu avait étouffé son épouse à l’aide d’un coussin.

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«Les faits retenus contrastent avec la personnalité du prévenu, mais le dossier est là.» Et ce dossier, en l’occurrence le rapport des légistes, a conduit ce vendredi le Tribunal criminel à reconnaître coupable de meurtre le fortuné septuagénaire suisse-alémanique accusé d’avoir étouffé sa femme avec un coussin, en février 2016, dans leur logement genevois. «Tous les éléments concordent à conclure que la victime est décédée par asphyxie mécanique», a exposé la présidente Alexandre Banna. L’homme a donc été condamné à 13 ans de prison.

Absence de mobile apparent

L’affaire avait ceci d’exceptionnel que le prévenu a toujours et vigoureusement nié, que ses proches, y compris la famille de la défunte, ont toujours été convaincus de son innocence, et qu’absolument rien ne permet d’expliquer son geste. La présidente a relevé qu’il ressortait de l’enquête que le couple était heureux, que le condamné paraissait affecté par le décès de son épouse, et que le mobile financier ou la jalousie pouvaient être exclus. Par conséquent, «le tribunal doit examiner avec la plus grande attention et la plus grande retenue tous les éléments du dossier». Et de cet examen est née la certitude de la culpabilité.

«La réalité objective des faits»

«Le tribunal devrait-il acquitter le prévenu car il ne comprend pas son geste?», questionne la magistrate. La réponse est bien sûr négative. Certes, le fait «qu’on ne veuille pas croire à sa culpabilité est compréhensible», mais cette conviction «se heurte à la réalité objective des faits».

Le rôle de la reconstitution

Ces faits, ce sont donc un «tableau lésionnel compatible avec la mort par asphyxie», alors que malgré des examens poussés, les causes naturelles de la mort, qu’elles soient cérébrales ou cardiaques, ont pu être écartées. Par ailleurs, les ecchymoses des membres supérieurs et les dermabrasions du visage suggèrent une agression extérieure (or, personne ne conteste qu’il s’agissait d’un huis clos). A ce sujet, la reconstitution a permis d’établir que «la manière dont le prévenu prétend avoir transporté le corps», et qui aurait selon lui fait apparaître ces marques, d’une part «ne les explique pas», et d’autre part est «presque impossible à réaliser, voire absurde».

Mise en détention immédiate

Bref, aussi incompréhensible que paraisse ce meurtre, «le dossier est là». Et, alors que ses proches s’effondrent, il conduit immédiatement le notable en prison, puisque le Ministère public a réclamé et obtenu sa mise en détention immédiate pour éviter toute fuite, bien que son avocat Me Marc Oederlin juge ce risque nul. «Nous sommes convaincus de son innocence, notre volonté de la démontrer est intacte, et c’est bien sûr en restant ici qu’il aura les moyens de la démontrer.» Le verdict fera donc, sans surprise, l’objet d’un appel.  

  

 

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