Actualisé 30.12.2007 à 08:32

Le Pakistan demande discrètement des conseils

Tout en affichant publiquement son refus d'une aide de la communauté internationale, le Pakistan a entamé des consultations discrètes auprès d'autres pays dans le cadre de l'enquête sur l'assassinat de l'ex-Premier ministre Benazir Bhutto, a-t-on appris samedi de sources officielles américaines.

«Le gouvernement pakistanais discute avec d'autres gouvernements de la meilleure manière de gérer l'enquête», a précisé un responsable de l'administration Bush sous couvert d'anonymat. Avec les Etats-Unis, les discussions «portent sur ce que nous pouvons proposer et ce que veulent les Pakistanais», ajoute-t-on de même source.

L'attentat-suicide qui a coûté la vie jeudi à Benazir Bhutto a déclenché une flambée de violences qui ont fait plus de 40 morts. Le Pakistan a lancé trois enquêtes distinctes sur son assassinat. Il attend de voir comment elles vont évoluer avant de solliciter une éventuelle assistance internationale, a déclaré à l'Associated Press un diplomate du Conseil de sécurité des Nations unies.

Mais, a précisé le responsable américain, les Pakistanais «ne veulent pas d'une implication de l'ONU» dans cette affaire. Jeudi, le Conseil de sécurité a condamné l'assassinat de l'ex-Premier ministre, appelant tous les pays à contribuer à faire traduire en justice les responsables de «cet acte répréhensible».

«Il est évident que le gouvernement ne se refusera pas à utiliser toute sorte d'information ou assistance technique qui pourrait conduire aux auteurs de ce crime odieux», a souligné à l'AP Jalil Shafqat, porte-parole de la Mission permanente du Pakistan aux Nations unies.

Le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Javed Iqbal Cheema, a expliqué samedi qu'Islamabad refusait la contribution d'enquêteurs étrangers. «Ce n'est pas une affaire criminelle ordinaire pour laquelle nous demanderions l'assistance de la communauté internationale. Je pense que nous sommes capables de nous en occuper».

L'agent spécial du FBI Richard Kolko a expliqué à l'AP que toute demande de participation du bureau d'enquêtes fédéral devait être transmise par l'ambassade des Etats-Unis au Pakistan au Département d'Etat. Mais l'organisme est déjà impliqué. Il y a deux jours, des responsables du FBI et du département de la Sécurité intérieure avaient diffusé une note citant des sites Internet islamistes selon lesquels le réseau terroriste Al-Qaïda avait revendiqué l'attentat.

Le porte-parole du Département d'Etat, Thomas Casey, affirme à l'AP que les Etats-Unis sont «prêts à aider le Pakistan de quelque manière que ce soit dans l'enquête. Mais pour l'instant, le Pakistan n'a fait aucune demande formelle» en ce sens, a-t-il ajouté.

Le ministre britannique des Affaires étrangères David Miliband a proposé l'aide de son pays. La candidate démocrate à la présidentielle américaine Hillary Clinton et un groupe de réflexion belge ont suggéré que le Conseil de sécurité puisse enquêter.

Mais, précise-t-on de source diplomatique, une telle proposition a peu de chances d'aboutir. L'enquête onusienne sur l'assassinat de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri «démontre que, même avec l'accord du gouvernement, cela peut être plutôt difficile», souligne un diplomate. Les enquêteurs n'ont toujours pas rendu leurs conclusions, près de trois ans après sa mort en février 2005. AP (ap)

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