Genève: Le Parlement dit non à une assurance dentaire
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GenèveLe Parlement dit non à une assurance dentaire

Le droite du Grand Conseil a rejeté ce jeudi l'initiative du Parti du travail, qui prône une assurance cantonale publique obligatoire. Le peuple votera.

par
Jérôme Faas
Keystone/Salvatore di Nolfi

La droite genevoise ne veut pas d'une assurance dentaire publique. Un tel dispositif ne sert à rien, et surtout il est trop coûteux, dit-elle en substance. Ce jeudi au Grand Conseil, le MCG, l'UDC, le PLR et le PDC ont donc rejeté, par 57 voix contre 30 de gauche, l'initiative constitutionnelle du Parti du travail. Le texte, signé par plus de 18'000 Genevois, s'intitule «Pour le remboursement des soins dentaires». Il propose un dispositif financé sur le mode de l'AVS: des prélèvements sur les salaires payés à parts égales par les employés et les employeurs, le solde étant à la charge de l'Etat. Les Genevois trancheront dans les urnes.

Poggia: «initiative racoleuse»

Le financement d'une telle assurance représente le nœud du problème. Selon Jean Batou, d'Ensemble à Gauche, «à Genève, les coûts dentaires peuvent être évalués à 250 millions par an, dont 225 millions à la charge des patients. Avec un prélèvement de 0,5% sur les salaires, on récolterait environ 170 millions. Il resterait 80 millions à trouver: c'est exactement ce que devrait rapporter à l'Etat l'engagement de nouveaux taxateurs.» A l'inverse, le conseiller d'Etat MCG chargé de la Santé, Mauro Poggia, juge la facture bien trop salée. «Des dizaines de millions de francs seront à la charge des contribuables. Les cotisations paritaires vont peser sur le monde du travail. Cette initiative est racoleuse. Il n'est pas imaginable de venir demander à l'Etat des centaines de millions que nous n'avons évidemment pas les moyens de prendre en charge.»

«C'est toujours trop cher!»

Outre le financement du projet, son utilité et la philosophie qui le sous-tend divisent gauche et droite. La santé bucco-dentaire, pour la gauche, est un domaine où les inégalités sociales sont particulièrement criantes. En gros, expliquent ses députés, plus la population est défavorisée, plus graves sont les affections dentaires dont elle souffre. Et plus limité est son accès aux soins. Le refus de la droite la choque, par conséquent: «Je constate que chaque fois qu'arrive une proposition pour aider les classes populaires, c'est toujours trop cher!», peste Salika Wenger, d'Ensemble à Gauche.

Responsabilité individuelle

La droite, pour sa part, juge qu'une telle assurance n'aurait aucun impact sur les dents de la population. «En Allemagne, un tel système a été introduit il y a cinq ans, sans aucune influence sur la santé, affirme l'élu PLR et médecin Pierre Conne. Et en France, plus de gens qu'en Suisse renoncent à se soigner, malgré le remboursement.» Charles Selleger, lui aussi PLR, estime par ailleurs qu'une assurance affaiblit le principe de responsabilité individuelle. Cette notion est aussi mise en avant par Francis Valentin, du MCG. Il avance que la plupart des Genevois qui zappent les rendez-vous dentaires le font par négligence ou par peur, qu'un comportement adéquat permet d'éviter les caries, et que le prix d'un détartrage, environ 250 francs, équivaut à celui d'une console de jeu ou d'un écran plat. «Je crois donc qu'il s'agit d'une question de priorité.»

Dents et maternité, même combat

Face à ce tir nourri, c'est Olivier Baud, d'Ensemble à Gauche, qui résume le mieux l'avis de l'Alternative. «La droite veut nous faire croire que toute mesure d'accès aux soins serait néfaste. Il faut être sérieux!» Le socialiste Jean-Charles Rielle, médecin, plaide donc pour une systématisation de la prise en charge des soins dentaires pour éviter «un grave problème de santé publique. Nous avons la possibilité historique de dire oui à l'initiative et de relancer le débat national à ce sujet, comme par le passé Genève avait eu le courage de le faire pour l'assurance maternité.»

Un contre-projet sera rédigé

Mais rien n'y fait. La majorité du Parlement ne plie pas. Elle se prononce par ailleurs, avec les Verts, pour qu'un contre-projet soit opposé à l'initiative du Parti du travail. Au vu des débats, le gros de la droite souhaite concocter un texte axé sur les efforts de prévention en matière dentaire. Les écologistes, eux, désirent un financement touchant aussi les grosses fortunes et pas seulement les revenus du travail. Quant au PDC, il admet avec Bertrand Buchs que «l'état dentaire de la population commence à se péjorer, qu'il a une énorme répercussion sur le reste de la santé et qu'il faut trouver une solution», mais il refuse tout financement pesant sur les entreprises. «Vaud, par exemple, propose une taxe sur les boissons sucrées», lance le député pour donner une piste.

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