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Le Parlement turc donne son feu vert pour éradiquer le PKK

Le parlement turc a donné mercredi son feu vert à une opération de l'armée contre les séparatistes du PKK dans le nord de l'Irak.

Inquiets, Washington et Bagdad ont appelé à ne pas intervenir.

Acquise d'avance, au vu de la majorité dont le gouvernement du premier ministre Recep Tayyip Erdogan dispose, ce feu vert était un préalable à toute incursion de l'armée turque dans le Kurdistan irakien. Mais M. Erdogan a souligné qu'elle ne se matérialiserait pas nécessairement.

La motion, qui autorise pour un an le gouvernement à attaquer les bases des rebelles kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), a reçu l'aval de toutes les formations politiques à l'exception du parti pro-kurde DTP. Sur 526 députés présents, 507 ont voté «oui» et 19 «non», a précisé le président du parlement, Köksal Toptan.

Unique cible: le PKK

Le vice-premier ministre turc Cemil Ciçek, qui a défendu le projet de motion devant le parlement, a de son côté insisté sur le fait que toute intervention aurait pour unique cible le PKK, qui lutte depuis 1984 contre le pouvoir central turc. Il a dit qu'Ankara n'avait aucune prétention territoriale sur l'Irak.

A Washington, le président américain George W. Bush a enjoint à la Turquie de ne pas s'engager dans une intervention militaire au Kurdistan irakien. «Nous disons de façon très claire à la Turquie que nous ne pensons pas qu'il soit dans ses intérêts d'envoyer des troupes en Irak», a-t-il dit lors d'une conférence de presse, quelques minutes à peine après le vote des députés turcs.

En visite à Paris, le président irakien Jalal Talabani a pour sa part espéré que la Turquie n'interviendrait pas militairement sur le territoire irakien. A l'instar de son premier ministre Nouri al- Malaki, M. Talabani a prôné la coopération et la diplomatie. Le Kurdistan irakien a aussi mis en garde Ankara.

«En temps opportun»

M. Erdogan avait affirmé ces derniers jours que le feu vert sollicité du parlement n'impliquait en rien qu'une opération militaire turque en Irak était imminente. Mais il a souligné qu'elle aurait lieu «en temps opportun» si les circonstances le dictent.

Ses services ont démenti que Bagdad ait proposé à Ankara de mener une opération militaire conjointe contre les séparatistes. Le chef du gouvernement irakien a seulement parlé de «collaborer sur les mesures à prendre», a déclaré un membre de l'équipe du premier ministre turc.

Peu auparavant, la chaîne de télévision CNN Türk avait rapporté que Nouri al-Maliki avait offert aux Turcs de mener de concert une opération militaire contre les bases arrière des séparatistes kurdes dans les montagnes du nord de l'Irak.

3000 rebelles

Ankara reproche aux autorités de Bagdad et à leurs protecteurs américains de n'avoir pas tenu leurs promesses de mater les 3000 combattants du PKK retranchés au Kurdistan. Les rebelles y jouissent de la solidarité des Kurdes irakiens et profitent de la faiblesse du pouvoir central.

Selon certains analystes, les efforts de dissuasion de l'allié américain ont été contrecarrés par le coup de froid suscité entre Ankara et Washington par la perspective d'adoption par la Chambre des représentants américaine d'une résolution qualifiant de «génocide» le massacre des Arméniens à la fin de l'Empire ottoman.

Soutien syrien

Le président syrien Bachar al Assad, accusé par Washington de soutenir le terrorisme et de souffler sur les braises en Irak, s'est engouffré dans cette brèche pour apporter un soutien remarqué à la Turquie, à l'occasion d'une visite à Ankara.

«Nous soutenons sans réserve les mesures du gouvernement turc contre le terrorisme et nous considérons qu'elles relèvent du droit légitime de la Turquie», a-t-il dit lors d'une conférence de presse commune avec le président Abdullah Gül. (ats)

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