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Le Parti communiste russe compte sur les citadins pour renverser le «capitalisme sauvage»

Moskovski - Fort de leur électorat traditionnel et surfant sur la vague des déceptions provoquées par «le capitalisme sauvage», les communistes russes cherchent désormais le soutien de l'intelligentsia urbaine.

Et ce pour construire un «Etat social de type européen».

Au cours d'un congrès du parti en vue des législatives du 2 décembre, le leader communiste Guennadi Ziouganov a souligné samedi le rôle des citadins «bien informés qui lisent et réfléchissent». «Les huit ans du pouvoir de Poutine ont conduit à une stabilisation qui profite à 5% de la classe dirigeante», a-t-il déclaré à Moskovski, ancienne ferme collective dans la banlieue de Moscou.

Se fixant comme objectif de changer le pouvoir de «bureaucrates, oligarques et bandits», qui a mené le pays «dans un cloaque du capitalisme sauvage», M. Ziouganov a promis la nationalisation des secteurs clés de l'économie, l'industrialisation grâce aux technologies de pointe et la protection des petites et moyennes entreprises.

Signe de l'ouverture voulue du parti, le prix Nobel de physique Jaurès Alferov a été désigné numéro deux sur la liste électorale des communistes après M. Ziouganov. A la tribune, le député Oleg Smoline a souligné que le parti devait se moderniser en «s'appuyant sur les villes, comme tous les mouvements de gauche dans le monde».

Loin de Staline et Lénine

«Tout en étant nostalgiques de l'URSS, les gens veulent vivre dans un Etat social de type européen», a-t-il affirmé. Ces propos contrastaient avec la présence de nombreux ouvrages de Staline et des portraits de Lénine vendus dans les couloirs du congrès.

Pour le sociologue Alexeï Levinson du centre Levada, le PC laisse derrière lui la «rhétorique rouge» au profit d'une autre, «plus civilisée, dans un geste d'ouverture vers les citadins, c'est- à-dire les petits bourgeois».

«L'électorat russe penche pour la gauche, les idées libérales de l'époque de la perestroïka s'étiolent». Et ce n'est pas le culte de Staline, de plus en plus respecté dans la société russe, qui découragera les électeurs de 45 ans, qui ont décidé de voter communiste, estime l'expert.

Crédité de 18% des intentions de vote, selon le dernier sondage du centre Levada, derrière le parti pro-Kremlin Russie Unie (55%), le PC tient bon alors que les élites «ont mis une croix il y a dix ans sur le communisme», relève M. Levinson.

«Dérives xénophobes»

Le politologue Stanislav Belkovski, directeur de l'Institut de stratégie nationale, juge «évident que le parti doit miser sur l'intelligentsia de gauche» et «avancer vers la social-démocratie». Mais «c'est inimaginable avec un leader comme Ziouganov qui se permet des dérives xénophobes», ajoute-t-il.

La popularité des communistes à en croire les sondages est un «succès» par rapport aux législatives de 2003 (12,6%), mais «un échec total compte tenu la demande de la société pour les idées de gauche», estime-t-il.

Boris Kagarlitski, philosophe de gauche et directeur de l'Institut des problèmes de la mondialisation, assure pour sa part que «s'il y avait en Russie des élections libres et un véritable parti de gauche, il obtiendrait 70%» des voix.

Des jeunes ont adhéré massivement au PC entre 2003 et 2005 «pour lutter contre le capitalisme sous lequel leur parents vivaient avec 100 dollars par mois», mais ils l'ont massivement quitté en 2006, explique-t-il. Reprenant l'expression d'un militant déçu qui a quitté le PC, M. Kagarlitski a qualifié le parti de «monopole d'Etat qui fournit des services d'opposition de mauvaise qualité».

ats (ats)

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