Actualisé 22.02.2020 à 20:42

AllemagneLe parti d'Angela Merkel s'enfonce dans la crise

Le soutien de la CDU locale en Thuringe à un responsable de la gauche radicale ébranle à son tour la ligne directrice du parti conservateur allemand.

Alors que la fin de l'ère Merkel approche, la CDU traverse «une crise confiance», selon certains de ses membres.

Alors que la fin de l'ère Merkel approche, la CDU traverse «une crise confiance», selon certains de ses membres.

AFP

Une controverse a éclaté samedi au sein du parti conservateur allemand d'Angela Merkel au sujet d'un projet d'alliance régionale avec l'extrême gauche. Ce dernier fait un peu plus tanguer le mouvement en pleine crise identitaire.

La controverse survient dans le sillage immédiat d'une autre polémique autour du positionnement de l'Union démocrate-chrétienne (CDU), cette fois à l'égard de l'extrême droite, qui a déjà coûté son poste à sa présidente et est symptomatique des remous qui agitent le parti à mesure qu'approche la fin de l'ère Merkel dans le pays.

«Nous traversons une crise de confiance», a résumé samedi le ministre de la Santé Jens Spahn, étoile montante de la CDU et l'un des prétendants pour remplacer un jour la chancelière au pouvoir.

«Il en va ni plus ni moins de la crédibilité de la CDU en Allemagne», qui déjà s'effrite mois après mois dans les sondages, avant des élections législatives prévues au plus tard l'an prochain, lui a fait écho le secrétaire général du parti, Paul Ziemiak.

Ligne officielle trahie

La dernière passe d'armes a été déclenchée par la décision vendredi soir des élus du parti en Thuringe de soutenir l'élection prévue le 4 mars d'un responsable de la gauche radicale allemande, Bodo Ramelow, à la tête de cet Etat régional.

La CDU locale est prête à y tolérer pendant un an un gouvernement minoritaire de gauche avec cet élu du parti Die Linke à sa tête, avant de nouvelles élections régionales programmées le 25 avril 2021.

Mais en agissant de la sorte, les élus se sont affranchis de la ligne officielle dite du «ni-ni» du parti de la chancelière: aucune alliance ni avec l'extrême droite, ni avec l'extrême gauche, issue en Allemagne du parti communiste de la dictature est-allemande tombée en 1989.

Sortir de la paralysie

La CDU de Thuringe a agi de la sorte pour tenter de sortir cette région de la paralysie, dans laquelle l'a d'abord plongée l'extrême droite de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD).

Cette dernière s'était d'abord alliée au début du mois avec la droite modérée, y compris les élus du parti d'Angela Merkel, pour élire un chef de gouvernement, provoquant une levée de boucliers nationale et contraignant la présidente de la CDU Annegret Kramp-Karrenbauer, surnommée «AKK», à démissionner.

Désormais, c'est pour avoir brisé un autre tabou d'après-guerre, celui de la coopération avec l'extrême gauche, que la CDU de Thuringe se retrouve sous le feu des critiques en interne.

«Toute personne qui votera en faveur de Bodo Ramelow pour qu'il devienne chef du gouvernement régional se mettra en infraction avec les résolutions de la CDU» au plan national, a averti samedi Paul Ziemiak.

Die Linke s'estime diffamée

Le chef de file CDU à Berlin, Kai Wegner, a lui dénoncé un «coup de poignard au coeur de notre parti», tandis que le président conservateur de la chambre des députés, Wolfgang Schäuble, a rejeté «toute coopération entre la CDU» et Die Linke, qui «juridiquement est encore le vieux SED», l'ancien parti communiste de RDA.

La ligne du «ni-ni» devient toutefois de plus en plus difficile à maintenir par les démocrates-chrétiens allemands, dans un paysage politique national morcelé par la poussée électorale de l'extrême droite, qui complique la formation de majorités à tous les niveaux.

La gauche radicale s'estime elle «diffamée» d'être mise sur le même plan que l'AfD, surtout depuis les attentats racistes d'Hanau cette semaine.

Les dirigeants de la CDU eux-mêmes vont jusqu'à accuser ce parti anti-migrants d'abriter des «nazis» ou des «fascistes» en son sein. En outre, M. Ramelow est un pragmatique et un modéré, très éloigné des héritiers du parti communiste est-allemand.

Choix d'une nouvelle direction reportée?

Ces remous risquent de compliquer un peu plus la recherche d'un nouveau président de la CDU suite au départ d'AKK et la clarification promise de la ligne du parti à l'égard des extrêmes.

La CDU doit en principe dévoiler les noms des prétendants et le calendrier lundi. Face aux tensions en interne, le choix pourrait être reporté à la fin de l'année, avec entre-temps une présidence collégiale intérimaire. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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