Législatives slovènes: Le parti de gauche remporte les élections
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Législatives slovènesLe parti de gauche remporte les élections

Le parti du populaire maire centre-gauche de Ljubljana Zoran Jankovic arrive dimanche soir en tête de l'élection législative anticipée en Slovénie.

Le parti Slovénie Positive, créé il y a seulement deux mois spécialement pour ce scrutin, recueille 28,6% des suffrages, selon des résultats diffusés par le gouvernement et basés sur le dépouillement de 95% des bulletins de vote.

Le Parti démocratique slovène (SDS, centre-droit) de l'ancien Premier ministre Janez Jansa obtient 26,2%, nettement en-dessous des 30-31% que lui accordaient les sondages d'avant le scrutin.

Le Premier ministre social-démocrate Borut Pahor, dont le gouvernement avait été renversé en septembre, obtiendrait 10,5% des voix, un effondrement par rapport à son score de 30,5% aux législatives de 2008.

Pour un Etat «efficace»

«Les résultats montrent que les citoyens veulent un Etat différent, ils ont eu Jansa, Pahor, maintenant ils veulent un Etat démocratique mais aussi efficace», a lancé M. Jankovic depuis son quartier général à Ljubljana.

La défaite était amère pour le dirigeant de l'opposition, Janez Jansa, 53 ans, donné largement gagnant tout au long de la campagne électorale. Des révélations sur une affaire immobilière le concernant et jugée suspecte pourrait avoir retourné la tendance: «ces résultats ne sont pas ceux que nous avions espéré», a-t-il reconnu.

Gouvernement de coalition

Dans ce pays de la zone euro, la campagne électorale a été largement dominée par la détérioration de la situation économique et financière. Le vainqueur devra remettre le pays sur les rails en imposant l'austérité et aura besoin pour cela d'un gouvernement stable, comme l'avait appelé de ses voeux le président Danilo Turk (centre-gauche) plus tôt dans la journée.

Or les résultats sont serrés, ce qui va rendre difficile la création d'un gouvernement de coalition à même d'imposer des réformes douloureuses, notamment celle des retraites, responsable de la chute du gouvernement de Borut Pahor.

Pour constituer une majorité absolue dans un Parlement comptant 90 députés élus à la proportionnelle, Zoran Jankovic pourrait s'allier avec Borut Pahor, qui deviendrait alors ministre des Affaires étrangères, et aussi avec la Liste citoyenne (8,4% des voix) de Gregor Virant, un ancien ministre de Janez Jansa qui a rompu avec lui.

Autres formations

Trois autres formations seront représentées au Parlement: le parti des retraités DESUS (6,9%), le Parti populaire de centre-droit (SLS, 6,8%) et le parti chrétien-populaire Nouvelle Slovénie (NSi, 4,7%).

En revanche, trois partis en seront éliminés car ils n'atteignent pas la barre des 4% nécessaire pour avoir un élu: il s'agit du Parti libéral-démocrate (LDS), du Parti libéral-social Zares, tous deux alliés des sociaux-démocrates dans le précédent gouvernement, et du Parti nationaliste (SNS).

Très dépendant des exportations, le pays - autrefois élève modèle de la zone euro - flirte aujourd'hui avec la récession, le chômage a doublé en trois ans et les taux d'intérêt obligataires ont récemment grimpé à plus de 7%, dans le sillage de la crise de la dette en zone euro, en particulier des difficultés de l'Italie voisine.

Le niveau de la dette, même s'il reste sous la limite des 60% du Produit intérieur brut (PIB) prescrite par le Traité de Maastricht, augmente rapidement.

La Slovénie, Etat de deux millions d'habitants issu de l'ex- Yougoslavie communiste, organisait les premières élections anticipées depuis son indépendance, en 1991.

Un millionnaire de gauche aux portes du pouvoir

Le populaire maire de Ljubljana, Zoran Jankovic, dont le parti a créé la surprise dimanche en arrivant en tête des élections législatives anticipées en Slovénie, est un millionnaire de centre-gauche passé avec succès du monde des affaires à la politique.

Né en Serbie d'un père serbe et d'une mère slovène, cet homme d'apparence joviale de 58 ans est depuis 2006 maire de la capitale depuis 2006, où il jouit d'une grande popularité: en 2010, il avait été réélu avec quelque 65% des voix.

Proche du premier président de la Slovénie indépendante, Milan Kucan, Zoran Jankovic est perçu comme un homme de gauche, un brin populiste. Son parti Slovénie Positive, créé il y a seulement deux mois dans la perspective des élections législatives anticipées, se veut au centre-gauche sur l'échiquier politique.

Mais, ce millionaire au regard bleu intense, l'une des plus grosses fortunes du pays, a plus d'une fois déclaré dans le passé avoir «le coeur à gauche et le portefeuille à droite».

Il se définit plus comme un entrepreneur que comme un homme politique. Il a dirigé pendant de longues années la chaîne publique de supermarchés Mercator et en a fait une entreprise rentable.

Il a aussi beaucoup transformé Ljubljana, qu'il dit gérer «comme une entreprise», en modernisant le système des transports en commun, en construisant des milliers de nouveaux appartements ou encore en dotant la ville d'un complexe sportif moderne.

Et il entend gérer le pays de la même façon. Quand ses rivaux politiques «parlent de ce qui doit être fait, ils parlent de manière très théorique, mais ce qui est crucial, c'est de rétablir la confiance de la population et d'augmenter la compétitivité de la Slovénie», déclarait-il encore dimanche, à la sortie de son bureau de vote.

Et, dès dimanche soir, après l'annonce de sa victoire, il n'a pas hésité à rappeler son engagement de campagne: «A la fin de la législature, la Slovénie renouera avec une croissance de 4%».

«Le résultat du vote montre que les citoyens slovènes veulent un autre Etat, différent: ils ont eu Janez Jansa (ndlr: conservateur) et Borut Pahor (ndlr: social-démocrate), maintenant ils veulent un Etat démocratique, mais aussi efficace». (ats/afp)

Après la victoire, le casse-tête

Après sa victoire-surprise aux élections législatives de dimanche, le populaire maire centre-gauche de Ljubljana, le millionnaire Zoran Jankovic, devra réussir un nouveau tour de force en formant un gouvernement stable capable de mettre en oeuvre les réformes douloureuses dont la Slovénie a besoin.

«La période d'instabilité n'est pas terminée, au contraire», prévient d'ores et déjà lundi le quotidien Delo dans un éditorial.

«Tout dépendra de la capacité de Jankovic et la volonté des autres partis de participer à la création d'un gouvernement suffisamment fort pour surmonter l'impasse dans le processus de décision», qui a caractérisé le gouvernement quadripartite du social-démocrate Borut Pahor, ajoute le quotidien.

Car la victoire de Zoran Jankovic, ancien chef d'entreprise reconverti avec succès dans la politique, est très serrée et la constitution d'un gouvernement s'annonce périlleuse.

Selon les derniers résultats lundi, portant sur le dépouillement de 99,96% des bulletins de vote, le millionnaire a remporté le scrutin anticipé en recueillant 28,54% des suffrages avec son parti créé il y a deux mois seulement, Nouvelle Slovénie.

Le grand favori des élections, l'ancien Premier ministre conservateur (2004-2008) Janez Jansa, obtient 26,25% avec son Parti démocratique slovène (SDS), nettement moins que les 30/31% que lui accordaient les sondages pendant la campagne électorale. Il a notamment fait les frais d'une trop grande assurance, confinant à l'arrogance, dans les derniers jours de sa campagne, estime la presse.

Borut Pahor, dont le gouvernement a été renversé en septembre, doit cette fois se contenter de 10,5% des voix, une dégringolade par rapport à 2008 (30,45%).

L'impopulaire réforme des retraites, demandée par le Fonds monétaire international (FMI) et l'Union européenne (UE), avait eu raison de sa coalition. L'échec du gouvernement avait été aussi durement sanctionné par les agences d'évaluation, qui avaient dégradé la note du pays.

Zoran Jankovic, 58 ans, aura la lourde tâche de regagner leur confiance, à un moment où le pays, ancien élève modèle de la zone euro, est au bord de la récession et alors que la dette publique augmente rapidement, même si elle reste en-dessous de la limite des 60% requise par le Traité de Maastricht. Et le chômage a doublé en trois ans pour atteindre près de 12% de la population active.

«Les premières mesures que nous allons prendre viseront à garantir une économie saine via la mise en oeuvre de réformes», a-t-il assuré dimanche soir.

La réaction internationale à l'élection de Zoran Jankovic sera «positive seulement si le nouveau gouvernement est formé rapidement et s'il s'oriente vers des réformes», a indiqué de son côté à l'AFP Borut Pahor, un possible allié dans le futur gouvernement.

Zoran Jankovic aura besoin d'un autre partenaire au moins, voire de deux, pour constituer une majorité au Parlement, qui comprend 90 sièges. Gregor Virent, ancien ministre de Janez Jansa qui a rompu avec lui, s'est dit prêt à discuter. Son parti, la Liste citoyenne, a recueilli 8,42% des voix.

Vlado Miheljak, analyste politique et professeur à la Faculté de sciences sociales de Ljubljana, juge Zoran Jankovic à même de relever le défi, car il «rassemblera seulement les partis soutenant les réformes dans sa coalition».

Le quotidien économique "Finance" se montre plus réservé. L'arrivée au pouvoir du maire de Ljubljana, connu pour son populisme, va surtout apporter «l'idéalisation des intérêt nationaux, le protectionnisme, la réaffirmation de l'influence de l'Etat sur les entreprises publiques, le lancement de grand projets et plus de dettes», estime le journal.

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