Actualisé 02.10.2013 à 10:03

Italie

«Le pays court un risque qui pourrait être fatal»

Le chef du Gouvernement italien affrontait mercredi matin devant le Parlement un vote de confiance crucial pour la troisième économie de la zone Euro.

Le Premier ministre Enrico Letta a lancé mercredi matin un vibrant appel aux sénateurs, leur demandant de voter la confiance après la crise déclenchée samedi par Silvio Berlusconi.

«L'Italie court un risque fatal, qui dépend d'un oui ou d'un non. Je vous invite à donner un exemple de cohésion», a affirmé Enrico Letta. Dressant un bilan très positif de l'action de son gouvernement de coalition gauche-droite, il a rappelé dans un discours solennel que la troisième économie de la zone Euro avait pu «sortir du cauchemar» de la récession.

«Mon gouvernement est né au Parlement et s'il doit mourir, il mourra ici, au Parlement (...) Ayez le courage de m'accorder votre confiance», a-t-il lancé aux sénateurs.

Le suspense reste entier sur l'issue du vote qui doit intervenir à la mi-journée après un débat. M. Letta compte sur les voix des rebelles du parti de centre-droit, le Peuple de la liberté (PDL) de Silvio Berlusconi.

Démissions refusées

Le premier d'entre eux, le vice-Premier ministre Angelino Alfano, un avocat sicilien de 42 ans présenté jusqu'ici comme le dauphin de Silvio Berlusconi, s'est déclaré «fermement convaincu que notre parti tout entier doit voter la confiance à Letta». Aux antipodes de son mentor, qui a répété son intention de «mettre un terme au gouvernement Letta».

Pour faciliter la tâche aux modérés du PDL, M. Letta a refusé les démissions des cinq ministres du parti de Silvio Berlusconi. M. Alfano a d'ailleurs pris sa place, assis aux côtés du chef du gouvernement durant son discours, alors que dans les rangs du PDL, M. Berlusconi, arrivé en retard, écoutait, les mains jointes devant la bouche.

Loi électorale réformée

Dans son discours d'une heure, M. Letta a écarté très vite toute concession au magnat des médias de 77 ans, aux prises avec la justice. «Dans un pays démocratique, les décisions de justice doivent être appliquées» et «les affaires judiciaires doivent être dissociées de la politique», a-t-il dit avec fermeté.

Enrico Letta a en outre annoncé une réforme de la loi électorale italienne. Actuellement, celle-ci donne autant de pouvoir aux sénateurs qu'aux députés. Elle est considérée par plusieurs politologues comme une des causes de l'impasse politique provoquée par les dernières élections législatives, à l'origine de l'actuel gouvernement d'alliance entre la gauche et la droite.

Scission au sein du PDL

Vingt-cinq sénateurs italiens sont prêts à faire scission avec le reste du PDL et à former leur groupe parlementaire, a déclaré mercredi matin le sénateur Roberto Formigoni. Ce nouveau groupe soutiendrait le gouvernement de large entente dirigé par M. Letta.

Selon plusieurs experts, le «geste fou» de rupture du milliardaire survenu samedi était motivé par sa crainte de perdre d'ici mi-octobre son siège de sénateur et donc son immunité parlementaire, après sa condamnation définitive le 1er août à une peine de prison pour fraude fiscale.

«Je ne meurs pas, même s'ils me tuent», a déclaré M. Berlusconi dans une interview à l'hebdomadaire italien «Panorama».

Vote incertain

Le Sénat représente pour le chef du gouvernement, un chrétien démocrate appartenant au Parti démocrate (première force de gauche), le pari le plus risqué. Son sort dépendra du nombre de sénateurs du PDL qui feront réellement défection et voteront la confiance.

Sur le papier, il dispose de 137 voix garanties alors que la majorité est de 161. Quatre ex-sénateurs du Mouvement cinq étoiles (M5S) de Beppe Grillo ont d'ores et déjà annoncé qu'ils voteraient la confiance, de sorte qu'il lui manquerait encore 20 voix.

Majorité des députés

Les parlementaires PDL qui voteront la confiance sont une quarantaine, «il suffit de voir leurs déclarations publiques», avait déjà assuré mardi le sénateur Carlo Giovanardi, un des acteurs de la rébellion au sein du PDL.

Sénateurs et députés doivent se prononcer mercredi. Enrico Letta a réclamé ce vote pour clarifier la situation et voir s'il pouvait compter encore sur une majorité, faute de quoi il démissionnera. Il est assuré d'une majorité à la Chambre des députés, mais rien n'est acquis au Sénat où sa formation, le Parti démocrate, est minoritaire. (ats)

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