Suisse: Le pays fait face à une «pandémie des féminicides»
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SuisseLe pays fait face à une «pandémie des féminicides»

Depuis le début de la crise du coronavirus, le nombre de féminicides a explosé en Suisse. L’ONU est elle aussi en état d’alerte.

par
Nicolas Brütsch/Jeremias Büchel/ofu
Un homme a tué sa compagne, vendredi dernier, à Bussigny (VD). 

Un homme a tué sa compagne, vendredi dernier, à Bussigny (VD).

Lecteur-reporter

Au cours des dernières semaines, trois femmes ont été tuées en Suisse. Vendredi, un quinquagénaire a signalé avoir tué son amie avant de se donner la mort à Bussigny (VD). Une semaine auparavant, une quadragénaire victime de violences domestiques a dû être réanimée par les secours à Schafisheim (AG). Elle est décédée quelques jours plus tard à l’hôpital. La semaine passée, un couple a été retrouvé sans vie à Aeugst am Albis (ZH). Selon les premiers éléments de l’enquête, un homme de 75 ans aurait tué par balles son épouse de 77 ans avant de se donner la mort.

Selon l’organisation Stop Féminicide, il y a eu dix féminicides et deux tentatives de féminicides en Suisse depuis le début de l’année. Sur les onze dernières semaines, il y a ainsi eu un féminicide ou une tentative par semaine. A titre comparatif: en 2020, l’organisation a recensé seize féminicides et cinq tentatives. Elle tient cependant à préciser que cette liste n’est pas exhaustive.

«Nos craintes se sont avérées justifiées»

L’ONU est elle aussi en état d’alerte. Elle parle même d’une «pandémie des féminicides et des violences envers les femmes». Elle appelle les différents gouvernements à prendre des mesures au plus vite. Anna-Béatrice Schmaltz, co-organisatrice du collectif «Grève féministe de Zurich», se dit très inquiète: «En regardant la situation actuelle, on constate que les violences domestiques se sont encore accentuées avec la pandémie.»

La conseillère nationale Tamara Funiciello (PS/BE) dénonce quant à elle la pénurie de propositions d’aide pour les femmes: «Avant la pandémie, nous avions déjà mis en garde contre le fait que la violence domestique risque d’augmenter pendant le confinement.» Et d’ajouter: «Nos craintes se sont avérées justifiées et il n’y a toujours pas suffisamment d’endroits vers lesquels les femmes peuvent se tourner.» La conseillère nationale Yvette Estermann (UDC/LU) est elle aussi consciente de la problématique. Or selon elle, étoffer les offres n’est pas le bon moyen. «Le problème va se régler tout seul avec la fin du confinement. C’est en enfermant des gens chez eux que des choses horribles comme ça se produisent.»

La vigilance reste de mise

De son côté, le Bureau fédéral de l’égalité entre femmes et hommes indique que la statistique policière de la criminalité ne constate pas d’augmentation significative des infractions pénales liées à la violence dans la sphère domestique en 2020. «Des éléments indiquent toutefois qu’un nombre accru de conflits familiaux est survenu dans plusieurs régions du pays.» Il note ainsi qu’une vigilance élevée reste de mise pour la task force Violence domestique et Covid-19. « Les personnes touchées continueront d'avoir besoin d'aide dans les mois à venir, et la sensibilisation du public à cette question doit être maintenue.»

Début mars, des activistes ont coloré une fontaine de Winterthour (ZH), après le meurtre d’une Serbe, en février. Sur le site Barrikade.info ils disaient alors: «Nous sommes en colère et profondément attristés parce que nous savons que d’autres féminicides suivront.»

Barrikade.info

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