Élections fédérales 2019: Le PDC tire à vue et prend un violent retour de bâton
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Élections fédérales 2019Le PDC tire à vue et prend un violent retour de bâton

Le parti a créé des sites sponsorisés qui dénigrent nommément le travail de ses adversaires, repoussant plus loin les limites du «fair-play» en campagne.

par
Francesco Brienza
Gerhard Pfister, président du PDC Suisse, assume.

Gerhard Pfister, président du PDC Suisse, assume.

Keystone

Le PDC se vante d'être un «trait d'union» entre les différents partis. Pour sa campagne en vue des fédérales 2019, il a réussi l'exploit de se mettre tout le monde à dos. Ce mardi, des élus de tout le pays se sont levés pour faire part de leur dégoût face aux nouvelles méthodes féroces du parti centriste. En cause: des pages web créées au nom d'adversaires et qui dénigrent leurs opinions. Chaque mouvement y a droit, et la page est personnalisée en fonction du parti. Par exemple, sur celle du Vaudois Raphaël Mahaim, on peut lire que les Verts «misent sur les interdictions« et qu'ils croient «en des solutions utopiques qui n'ont aucune chance de convaincre». Sur celle du Valaisan Philippe Nantermod que le PLR «fait passer les intérêts des industries exportatrices avant la protection des salaires». Évidemment, en bas de page, on découvre que seul le PDC détient des solutions «crédibles».

La fausse page dénigre les positions des adversaires, en les nommant...:

...et en bas de page, un bouton renvoie vers le site du PDC:

Rien de particulièrement agressif jusque là. Mais les sites ont cela d'original qu'ils sont nominatifs, et que l'adresse de la page candidats2019.ch peut faussement laisser penser qu'elle est officielle. Pire: le PDC a payé Google pour que ses fausses pages apparaissent en tête des résultats lorsqu'on tape simplement le nom d'un adversaire. «Le procédé est déloyal, pour dire le moins, et on peut même se demander s'il ne faudrait pas demander à un juge de faire cesser cette usurpation», tonne par exemple le Vert vaudois Raphaël Mahaim, par ailleurs avocat. «Pauvre PDC, renchérit le PLR Valaisan Philippe Nantermod. Allez, on continue la campagne, en essayant de respecter nos adversaires et en nous en tenant au vrai débat d'idées.» A l'UDC, un élu local vaudois qualifie le procédé de «ridicule».

Les premiers commentaires d'internautes sur l'affaire font quasi l'unanimité: le PDC a raté son coup de comm' et passe pour le mauvais joueur dans cette affaire. Dans le Valais romand, la section régionale du PDC s'est même distancée de l'opération, rapporte «Le Nouvelliste». A Genève, l'anecdote devient encore plus cocasse puisque le PDC fait campagne avec le PLR pour les élections fédérales. Le malaise y est encore plus perceptible. Un ancien président des démocrates-chrétiens parle de campagne «totalement indigne».

Interrogé, le président du PDC Suisse assume. «Nous sommes en campagne et il est donc tout à fait légitime de montrer les différences entre partis, affirme Gerhard Pfister. Les différentes positions sont pointues, mais affichées de manière correcte en termes de contenu. Nous ne visons pas les gens.» Il n'empêche que dans l'après-midi, les annonces Google étaient toujours visibles, mais disparaissaient les unes derrière les autres. Le parti n'a pas souhaité dire combien l'opération lui a coûté.

Limite, mais légal

Rien dans la loi sur les droits politiques ni dans la loi sur le Parlement n'interdit ces pratiques. D'un point de vue stratégique, pas sûr non plus que l'idée fasse mouche. Spécialiste de la communication à l'Université de Neuchâtel, le Prof Thierry Herman évoque une étude américaine de 2004 qui a prouvé que «les attaques contre les adversaires, quand elles sont grossières, portent aussi préjudice à leur auteur». A sa connaissance, en Suisse, c'est la première fois qu'une campagne va aussi loin pour des élections. «Aux États-Unis en revanche, elles peuvent être extrêmement virulentes», précise-t-il. Ici, le bad buzz n'est pas étonnant puisque cette stratégie ne correspond pas du tout à l'image qu'on se fait du PDC.

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