Jura: Le père de la Constitution est décédé
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JuraLe père de la Constitution est décédé

Eminent juriste, humaniste, défenseur des droits de l'Homme et considéré comme le père de la Constitution jurassienne, Joseph Voyame est décédé à l'âge de 87 ans.

Le canton du Jura perd l'une des figures les plus marquantes de son histoire, qui dirigea aussi l'Office fédéral de la justice.

Joseph Voyame laisse derrière lui une impressionnante carrière marquée par ses engagements en Suisse et à l'étranger. Infatigable marcheur, cette force de la nature a parcouru le monde pour approcher les gens et les paysages. Mais il est toujours resté attaché à ses origines jurassiennes, vivant dans sa maison de Saint- Brais, aux Franches-Montagnes.

Cette personnalité jurassienne est décédée dimanche soir, a précisé lundi à l'ATS le porte-parole du gouvernement Pierre-Alain Berret, confirmant une information de Radio Fréquence Jura (RFJ). Joseph Voyame a succombé à une longue maladie.

Sous un charme

Ce père fondateur du Jura se plaisait à raconter qu'il avait rédigé le projet de constitution en juillet 1975 sous un arbre, aux Franches-Montagnes. En six jours, il élaborera en fonction de lignes directrices émises par un groupe d'amis jurassiens cette Charte fondamentale. Au soir du premier jour, ce démocrate-chrétien avait déjà rédigé 37 articles.

Ce groupe d'amis, qui ne bénéficia d'aucune aide extérieure sur le plan constitutionnel, travaillera sans mandat, sans budget et sans directives mais dans l'euphorie. Joseph Voyame avouera plus tard que ce furent les moments les plus exaltants de sa vie.

Constitution novatrice

La Constitution jurassienne sera adoptée en 1977 par le peuple. Lorsqu'il rédigea ce texte, Joseph Voyame était directeur de l'Office fédéral de la justice dirigé par le conseiller fédéral Kurt Furgler dont il fut l'un des principaux collaborateurs.

La Constitution jurassienne, de centre gauche, était novatrice pour son époque. Elle incarne l'enthousiasme lié à la lutte séparatiste et les idées d'égalité et de liberté ainsi que de solidarité qui animent alors le peuple jurassien.

Question jurassienne

Le Jura restera un sujet de fierté pour cet homme qui rêvait que le Jura bernois rejoigne les trois districts du Nord pour se lancer dans la création d'une nouvelle entité. Malgré ses nombreux engagements à l'étranger, il n'oubliera jamais la «Question jurasienne». Il assumera de 1994 à 1999 la co-présidence de l'Assemblée interjurassienne (AIJ) où il oeuvra au rétablissement du dialogue entre les deux régions.

Né le 3 février 1923 à Courfaivre (JU), le Jurassien choisira de suivre des études de droit pour répondre à l'idée de justice qui l'habitait et satisfaire son goût de la logique. Il enseignera aux universités de Berne et de Lausanne et occupera des fonctions importantes au sein de l'administration fédérale.

Retraite active

A la retraite, il est nommé président du comité des Nations unies contre la torture. A ce titre, il participera à des missions dans différents pays. Ce grand humaniste s'engagera sans relâche contre le racisme et l'intolérance, notamment dans le cadre du Conseil de l'Europe. De 1996 à 2000, il sera vice-président de la Commission Bergier chargée d'enquêter sur le rôle de la Suisse pendant la 2e Guerre mondiale.

Infatigable marcheur, Joseph Voyame aimait ses racines jurassiennes et cultivait le goût des grands espaces. Il a gravi des volcans en Indonésie et le Kilimandjaro en Afrique. Il a également accompli le pèlerinage de quelque 2500 km entre son village de Saint- Brais et Saint-Jacques-de-Compostelle.

(ats)

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